{"id":1126,"date":"2025-12-15T10:34:01","date_gmt":"2025-12-15T10:34:01","guid":{"rendered":"https:\/\/oikoumene.be\/?p=1126"},"modified":"2025-12-15T10:34:03","modified_gmt":"2025-12-15T10:34:03","slug":"les-conferences-du-journee-detude-a-torhout-29-novembre-2025","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oikoumene.be\/?p=1126&lang=fr","title":{"rendered":"Les conf\u00e9rences du journ\u00e9e d&#8217;\u00e9tude \u00e0 Torhout, 29 novembre 2025"},"content":{"rendered":"\n<p>Ci-dessous, vous trouverez les textes qui ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s le 29 novembre 2025 \u00e0 Torhout. Th\u00e8me, choisi par la CNCO, \u00e9tait :<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vivre en couple dans l\u2019amour et la foiUn discernement moral commun est-il possible dans nos Eglises\u00a0?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>xxx   xxx   xxx<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Contribution principale: Canon Dr. Peter Sedgwick<\/strong>, Membre de l&#8217;\u00e9quipe de r\u00e9daction du texte \u0153cum\u00e9nique issu du dialogue anglican-catholique (ARCIC III) sur le discernement \u00e9thique.<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Introduction.<\/em><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>Le th\u00e8me de notre journ\u00e9e d&#8217;\u00e9tude \u0153cum\u00e9nique est <em>Vivre ensemble en couple dans l&#8217;amour et la foi : un discernement moral commun est-il possible au sein de nos \u00c9glises ? <\/em>Titre cr\u00e9atif, car il invite \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 pastorale des personnes qui d\u00e9butent des relations personnelles engag\u00e9es, au sein de la r\u00e9alit\u00e9 sociale complexe de l&#8217;Europe occidentale en 2025. Est-il possible pour les \u00c9glises, si divis\u00e9es soient-elles, de s&#8217;exprimer utilement dans cette situation ? Le sujet est complexe en soi suite \u00e0 l\u2019\u00e9volution assez rapide de trois \u00e9l\u00e9ments. Premi\u00e8rement, les changements \u00e9vidents dans la conception occidentale des relations personnelles : cohabitation hors mariage ; fr\u00e9quence et tol\u00e9rance beaucoup plus importante par rapport au divorce ; procr\u00e9ation comme option ou non dans le cadre du mariage avec pour cons\u00e9quence une baisse \u00e9vidente du taux de f\u00e9condit\u00e9 total&nbsp;; et aussi, la question des relations entre personnes de m\u00eame sexe. Des changements majeurs ont eu lieu dans les domaines du f\u00e9minisme, de la diversit\u00e9 ethnique, de la sensibilisation au racisme et de l&#8217;attention aux personnes handicap\u00e9es. La communaut\u00e9 anglicane a \u00e9lu une femme comme archev\u00eaque de Canterbury. Ce qui est complexe aussi, c&#8217;est que les \u00c9glises ont \u00e9galement revu (j&#8217;\u00e9vite le mot \u2018chang\u00e9\u2019) avec prudence leur doctrine sur les relations sociales et personnelles et troisi\u00e8mement, les relations \u0153cum\u00e9niques ont elles-aussi refl\u00e9t\u00e9 cette \u00e9volution de la th\u00e9ologie morale. La complexit\u00e9 intrins\u00e8que r\u00e9side donc dans le fait que le sujet (les relations personnelles et sociales) est en pleine \u00e9volution ; que d\u00e8s lors, la th\u00e9ologie morale l\u2019est aussi ; et que les documents \u0153cum\u00e9niques refl\u00e8tent eux aussi ce changement.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;(Je dois noter au passage que l&#8217;\u00c9glise catholique a cl\u00f4tur\u00e9 l&#8217;an dernier sa session actuelle sur les relations synodales. Elle r\u00e9unissait des la\u00efcs, des membres du clerg\u00e9 et des \u00e9v\u00eaques du monde entier et on pouvait constater des diff\u00e9rences marqu\u00e9es dans leurs positions par rapport \u00e0 ces questions. Souvent, elles refl\u00e8tent les normes culturelles de leurs pays d&#8217;origine. C&#8217;est pourquoi je me r\u00e9f\u00e8rerai en particulier aux conceptions nord-am\u00e9ricaines et ouest-europ\u00e9ennes des relations personnelles sans aucunement pr\u00e9tendre qu\u2019elles soient normatives. Je suis de plus, un anglican ayant v\u00e9cu et travaill\u00e9 en Angleterre et au Pays de Galles. Il me serait impossible de r\u00e9sumer de mani\u00e8re concise la doctrine anglicane \u00e0 travers le monde, je m&#8217;en tiendrai donc avec toutes mes excuses, \u00e0 l&#8217;anglicanisme anglais.)<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Anglican Roman Catholic International Commission (ARCIC) cr\u00e9\u00e9e officiellement en 1967, fait suite \u00e0 une rencontre entre l&#8217;archev\u00eaque Michael Ramsey et le pape Paul VI, l\u2019ann\u00e9e d\u2019avant. On aurait pu penser que l&#8217;\u00e9thique serait \u00e0 l&#8217;ordre du jour pour deux raisons. Premi\u00e8rement, le changement fondamental intervenu dans la nature de la th\u00e9ologie morale catholique au cours de cette d\u00e9cennie et les travaux de Josef Fuchs SJ et d&#8217;autres qui \u00e9taient significatifs. Deuxi\u00e8mement, des questions \u00e9thiques profondes divisaient la Communion anglicane et l&#8217;\u00c9glise catholique romaine. Bien avant les questions de genre ou de sexualit\u00e9 prenant de l\u2019importance dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, il n\u2019y avait pas d\u2019accord entre les deux communaut\u00e9s sur la nature du mariage, du divorce ou, la question encore plus controvers\u00e9e de la contraception dans le mariage. Et m\u00eame s\u2019il existait un large consensus entre les deux traditions sur les implications de la doctrine sociale en faveur d&#8217;une \u00e9conomie mixte ou d&#8217;un capitalisme r\u00e9form\u00e9 (comme le montre l&#8217;amiti\u00e9 personnelle entre l&#8217;archev\u00eaque Derek Worlock et l&#8217;\u00e9v\u00eaque David Sheppard \u00e0 Liverpool, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980), l&#8217;approche sous-jacente aux questions relatives \u00e0 l&#8217;organisation de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait tr\u00e8s diff\u00e9rente. L&#8217;approche anglicane s&#8217;appuyait sur les axiomes du centre et la tradition de William Temple mettant l&#8217;accent sur le r\u00f4le de la soci\u00e9t\u00e9 civile et de l&#8217;\u00c9tat. L&#8217;approche catholique \u00e9tait organique, beaucoup moins int\u00e9ress\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 civile sans l&#8217;\u00c9glise et mettait l&#8217;accent sur la subsidiarit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9thodologie du pr\u00e9sent expos\u00e9 n&#8217;est pas de fournir un compte rendu sociologique ou historique d\u00e9taill\u00e9 de ces changements culturels, mais d&#8217;utiliser l&#8217;histoire de la th\u00e9ologie morale pour montrer comment les deux \u00c9glises ont r\u00e9vis\u00e9 leurs vues sur le mariage, le divorce, la procr\u00e9ation et les relations entre personnes du m\u00eame sexe, en r\u00e9ponse \u00e0 ces changements culturels. Faire ce point est pol\u00e9mique en soi, car certains diront que l&#8217;\u00c9glise ne change pas d&#8217;avis et que si elle l&#8217;a fait, c&#8217;est qu&#8217;elle est tomb\u00e9e dans l\u2019erreur. En tant qu&#8217;historien de la th\u00e9ologie morale, je pense que les deux \u00c9glises ont au moins adapt\u00e9 ou r\u00e9vis\u00e9 leur vision des relations personnelles. Cela signifie l\u2019existence d\u2019un conflit inextricable sur la possibilit\u00e9 du changement. On a \u00e9galement constat\u00e9 une \u00e9norme perte d&#8217;autorit\u00e9 morale pour les \u00c9glises aupr\u00e8s des populations d&#8217;Europe occidentale. En octobre 1955, l&#8217;archev\u00eaque de Canterbury, Geoffrey Fisher, est intervenu lorsque la s\u0153ur de la reine, la princesse Margaret, a voulu \u00e9pouser une personne divorc\u00e9e, et elle accepta qu&#8217;en tant qu&#8217;anglicane, ce ne lui \u00e9tait pas possible. Cette situation ne pourrait plus se produire aujourd&#8217;hui.<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ceci me donne les grandes lignes de mon expos\u00e9 d&#8217;aujourd&#8217;hui. Je commencerai par aborder la commission anglicane-catholique sur les mariages mixtes de 1968-1975. Je montrerai ensuite comment il y a eu un changement d\u2019attitude \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du divorce et des relations entre personnes de m\u00eame sexe dans l&#8217;\u00c9glise d&#8217;Angleterre, \u00e9volution qui se poursuit encore aujourd&#8217;hui. Je me pencherai ensuite sur les d\u00e9veloppements au sein de l&#8217;\u00c9glise catholique, puis sur le travail de l&#8217;ARCIC concernant le discernement moral. Si le chemin parait long pour en arriver \u00e0 ce que dit actuellement l&#8217;ARCIC, je r\u00e9ponds que sans le contexte des points pr\u00e9c\u00e9dents, le travail de l&#8217;ARCIC III serait vague. Je me tourne donc vers la Commission anglicane-catholique romaine sur les mariages mixtes de 1968 \u00e0 1975.<\/p>\n\n\n\n<p>.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>La Commission sur les mariages mixtes de 1968.<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la rencontre entre l&#8217;archev\u00eaque Michael Ramsey et le pape Paul VI \u00e0 Rome en 1966, et la d\u00e9cision d&#8217;instaurer un dialogue th\u00e9ologique formel, connu sous le nom d\u2019Anglican Roman Catholic International Commission (ARCIC), la Joint Preparatory Commission s&#8217;est r\u00e9unie en 1967, pour cr\u00e9er l&#8217;ARCIC. Son \u2018Malta Report\u2019 disait \u00e0 propos de l&#8217;\u00e9thique : \u2018Des d\u00e9clarations communes ou parall\u00e8les de nos dirigeants eccl\u00e9siaux\u2019 devraient \u00eatre publi\u00e9es \u2018sur les questions humaines urgentes\u2019 <a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a> . \u2018Il est \u00e0 esp\u00e9rer que le travail de la Commission mixte sur le mariage sera rapidement initi\u00e9 et vigoureusement poursuivi\u2019<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a> . Plus important encore, le rapport exposait ses positions avec force : \u2018Nous recommandons \u00e9galement une \u00e9tude conjointe de la th\u00e9ologie morale pour d\u00e9terminer les similitudes et les diff\u00e9rences dans notre enseignement et notre pratique dans ce domaine\u2019<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a> . Cependant, aucune \u00e9tude sur la th\u00e9ologie morale ne fut entreprise pendant de nombreuses ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui s&#8217;est produit c&#8217;est qu\u2019en 1968, les deux \u00c9glises anglicane et catholique, ont cr\u00e9\u00e9 une Commission sur les mariages mixtes, qui a fait rapport en 1975. Le rapport traitait de la nature du mariage, de son caract\u00e8re sacramentel et des obligations que les \u00c9glises respectives pourraient imposer \u00e0 un couple. Ni le rapport final, ni les expos\u00e9s ne faisaient mention du remariage apr\u00e8s un divorce ou des relations entre personnes de m\u00eame sexe. C&#8217;\u00e9tait il y a cinquante ans. Le rapport de la Commission se concentrait sur \u2018la f\u00e9condit\u00e9 du terrain d&#8217;entente que nous avons sur la nature sacramentelle du mariage&#8230; voyant le mariage chr\u00e9tien comme une contribution \u00e0 l\u2019auto-compr\u00e9hension du monde, comme un signe r\u00e9v\u00e9lant au monde la v\u00e9ritable signification du mariage, et pr\u00e9sentant des crit\u00e8res vivants \u00e0 l&#8217;aune desquels le monde est jug\u00e9 pour son acquiescement \u00e0 des attitudes envers le mariage, non compatibles avec la dignit\u00e9, la libert\u00e9 et le s\u00e9rieux moral d&#8217;une personnalit\u00e9 pleine et mature\u2019.<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a> C\u2019est le langage de la place centrale de la personnalit\u00e9 humaine ou du personnalisme dans le discours th\u00e9ologique, que nous retrouverons dans le rapport ARCIC <em>Life in Christ <\/em>de 1994.<\/p>\n\n\n\n<p>La Commission a demand\u00e9 une dispense des obligations impos\u00e9es aux catholiques de baptiser en tant que catholiques, les enfants issus d&#8217;un mariage mixte et a propos\u00e9 \u00e0 la place que le pr\u00eatre catholique se contente de d\u00e9clarer qu&#8217;il a d\u00fbment inform\u00e9 le partenaire catholique de ses obligations en mati\u00e8re de bapt\u00eame et d&#8217;\u00e9ducation des enfants. Elle a \u00e9galement invoqu\u00e9 le motu proprio <em>Matrimonia Mixta <\/em>de Paul VI, pour la pastorale des deux partenaires dans un mariage mixte. La Commission a d\u00e9clar\u00e9 que \u2018l&#8217;interpr\u00e9tation semble indiquer de plus en plus clairement que cette obligation ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme absolue, c&#8217;est-\u00e0-dire ind\u00e9pendante de toutes les autres obligations et droits. &#8230; L&#8217;engagement catholique romain <em>pro viribus<\/em><a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><em><strong>[6]<\/strong><\/em><\/a> est donn\u00e9 en envisageant la situation du mariage avec tous les droits et devoirs r\u00e9ciproques inh\u00e9rents \u00e0 l&#8217;\u00e9tat matrimonial, selon la th\u00e9ologie du mariage\u2019.<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a> Sur la forme canonique, qui reste n\u00e9cessaire pour la validit\u00e9 d&#8217;un mariage dans le droit canonique de l&#8217;\u00c9glise catholique, la Commission a d\u00e9clar\u00e9 ce qui suit : \u2018\u00c0 condition qu&#8217;une pr\u00e9paration pastorale conjointe ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e et que la libert\u00e9 de se marier ait \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie \u00e0 la satisfaction de l&#8217;\u00e9v\u00eaque de la partie catholique romaine et de l&#8217;autorit\u00e9 anglicane comp\u00e9tente, le mariage peut valablement et l\u00e9galement avoir lieu devant le ministre comp\u00e9tent de l&#8217;\u00c9glise de l&#8217;une ou l&#8217;autre partie\u2019.<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>La Commission a \u00e9galement examin\u00e9 ce qu&#8217;elle a appel\u00e9 les \u2018situations matrimoniales imparfaites\u2019, g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9es au divorce. La Commission a consacr\u00e9 beaucoup de temps \u00e0 la question du remariage apr\u00e8s un divorce. Lorsqu&#8217;un mariage avait \u00e9t\u00e9 consomm\u00e9 apr\u00e8s une c\u00e9r\u00e9monie valide, beaucoup de personnes et d&#8217;\u00c9glises consid\u00e9raient cela comme une rupture du lien matrimonial entre personnes baptis\u00e9es, lien qui est indissoluble. C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle l&#8217;indissolubilit\u00e9 du mariage, et en 1975, dans toute la Communion anglicane il y avait une adh\u00e9sion de chaque province et dioc\u00e8se \u00e0 la pleine indissolubilit\u00e9 tout en autorisant cependant des solutions pastorales.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rapport indique que, bien que certaines provinces \u2018refusent le remariage des personnes divorc\u00e9es par les rites de la Communion, elles acceptent cependant leur remariage devant l&#8217;officier d&#8217;\u00e9tat civil et les accueillent comme mari et femme dans la communaut\u00e9 eccl\u00e9siale (parfois apr\u00e8s une p\u00e9riode d&#8217;abstinence volontaire de la communion sacramentelle) exactement comme s&#8217;ils avaient \u00e9t\u00e9 mari\u00e9s \u00e0 l&#8217;Eglise ; un service de pri\u00e8re \u00e0 l&#8217;\u00e9glise, qui peut prendre diff\u00e9rentes formes, suit souvent la c\u00e9r\u00e9monie du mariage civil&#8230; \u2018.<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a> Certaines provinces sont all\u00e9es plus loin encore. Dans la Communion anglicane, plusieurs provinces avaient autoris\u00e9 \u2018par un canon du Synode provincial, l&#8217;admission contr\u00f4l\u00e9e des personnes divorc\u00e9es \u00e0 se remarier \u00e0 l&#8217;Eglise pendant la vie de leurs anciens conjoints\u2019.<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a> Le rapport poursuivait : \u2018La tentative de concilier un principe de premier ordre, selon lequel le mariage est par nature indissoluble, avec une discipline de second ordre, qui reconna\u00eet ou autorise le remariage apr\u00e8s un divorce, repose sur deux hypoth\u00e8ses : la premi\u00e8re est une th\u00e9ologie de la gr\u00e2ce de Dieu qui peut lib\u00e9rer, pardonner et recr\u00e9er, m\u00eame si le second mariage est in\u00e9vitablement imparfait en tant que \u2018signe\u2019 (&#8230;); la seconde est que la discipline elle-m\u00eame, dans ses processus priv\u00e9s et publics, ne doit pas occulter mais au contraire r\u00e9affirmer ce qui est caract\u00e9ristique du mariage dans sa nature\u2019. <a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Il a attir\u00e9 l&#8217;attention sur le fait que dans l&#8217;\u00c9glise orthodoxe, dont la communion avec Rome a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite par le pape Paul VI comme \u2018presque parfaite\u2019, la discipline matrimoniale \u00e9tablie de longue date comprend la pratique du remariage \u00e0 l&#8217;Eglise apr\u00e8s un divorce. <a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a> La derni\u00e8re remarque du rapport est la suivante : \u2018Il est indispensable, pour une meilleure compr\u00e9hension et une convergence plus grande, que chaque partie reconnaisse et respecte chez l&#8217;autre, l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 de la responsabilit\u00e9 qui engendre ces solutions divergentes\u2019.<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>\u00c9volution de la position de l&#8217;\u00c9glise d&#8217;Angleterre sur le mariage, le divorce et les relations entre personnes de m\u00eame sexe<\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>La Communion anglicane a accept\u00e9 la contraception en 1930. Si les couples estiment qu\u2019\u2018il existe une raison moralement valable d&#8217;\u00e9viter l&#8217;abstinence totale, la Conf\u00e9rence accepte que d&#8217;autres m\u00e9thodes puissent \u00eatre utilis\u00e9es\u2019. Cette r\u00e9solution a \u00e9t\u00e9 soumise au vote de mani\u00e8re inhabituelle apr\u00e8s un d\u00e9bat houleux et adopt\u00e9e par 193 voix contre 67, avec de nombreuses abstentions \u00e9piscopales. Lors de la Conf\u00e9rence de 1958, un ton beaucoup plus positif a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 en d\u00e9clarant que la responsabilit\u00e9 de d\u00e9cider du nombre d&#8217;enfants \u2018a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e par Dieu \u00e0 la conscience des parents partout dans le monde\u2019. Depuis lors, la contraception ne fut plus un sujet de discussion au sein de la Communion anglicane.<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a> La question du divorce, et plus encore celle du remariage apr\u00e8s le divorce, fut beaucoup plus difficile pour la Communion anglicane. La discussion de la Commission sur les mariages mixtes faisait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9f\u00e9rence au fait que certaines provinces avaient d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;autoriser le remariage apr\u00e8s le divorce.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu&#8217;aux ann\u00e9es 1950, l&#8217;\u00c9glise d&#8217;Angleterre a maintenu sa position sur l&#8217;indissolubilit\u00e9 du mariage, bien que l&#8217;extension par l&#8217;\u00c9tat en 1937, ait signifi\u00e9 que ses lois s&#8217;\u00e9cartaient de celles de l&#8217;\u00c9glise. En 1971<em>,<\/em> l&#8217;\u00c9glise d&#8217;Angleterre a publi\u00e9<a><em> Marriage, Divorce, and the Church,<\/em><\/a> connu sous le nom de Root Report du Pr\u00e9sident, le Professeur Howard Root.<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a> Le rapport disait : \u2018Il y a des personnes qui ont courageusement t\u00e9moign\u00e9 [de l&#8217;indissolubilit\u00e9 du mariage] au prix de sacrifices personnels. C&#8217;est pourquoi ils sont honor\u00e9s et respect\u00e9s, et l&#8217;\u00c9glise a un devoir pastoral particulier \u00e0 leur \u00e9gard. Il ne s&#8217;ensuit pas toutefois qu&#8217;il soit n\u00e9cessairement juste que l&#8217;\u00c9glise, au nom du Christ, impose cette ligne de conduite, avec ses dangers inh\u00e9rents de l\u00e9galisme, aux chr\u00e9tiens divorc\u00e9s en g\u00e9n\u00e9ral\u2019.<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a> Le rapport proposait que l&#8217;\u00c9glise d&#8217;Angleterre examine l\u2019existence d\u2019un consensus moral au sein de l\u2019Eglise \u2018sur le mariage religieux des personnes divorc\u00e9es\u2019. Apr\u00e8s la publication du rapport, un certain nombre de th\u00e9ologiens moralistes, la\u00efcs pour la plupart, ont d\u00e9battu du rapport comme exemple de discernement moral.<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a> Le rapport a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 par le Synode g\u00e9n\u00e9ral en 1973, l&#8217;archev\u00eaque Michael Ramsey acceptant la possibilit\u00e9 d&#8217;une b\u00e9n\u00e9diction pour les seconds mariages apr\u00e8s un divorce, mais pas un remariage.<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un deuxi\u00e8me rapport, <em>intitul\u00e9 Marriage and the Church\u2019s Task (Le mariage et le r\u00f4le de l&#8217;\u00c9glise <\/em>connu sous le nom de <em>Lichfield Report<\/em>, du nom de son Pr\u00e9sident, l&#8217;\u00e9v\u00eaque de Lichfield), a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9. En 1981, le Synode g\u00e9n\u00e9ral a accept\u00e9 en principe, qu&#8217;une personne divorc\u00e9e puisse se remarier \u00e0 l&#8217;Eglise.<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\">[19]<\/a> En 1984, une proposition de service de pri\u00e8re et de cons\u00e9cration <em>apr\u00e8s <\/em>un mariage civil a \u00e9t\u00e9 \u00e9mise qui fut accept\u00e9e par le Synode g\u00e9n\u00e9ral l&#8217;ann\u00e9e suivante, la d\u00e9cision \u00e9tant prise par le pasteur en concertation avec son \u00e9v\u00eaque. Ce n&#8217;est qu&#8217;en 2002 que le Synode s&#8217;est \u00e9cart\u00e9 de la d\u00e9cision de principe et a lev\u00e9 l&#8217;interdiction de remariage \u00e0 l&#8217;Eglise pour une personne divorc\u00e9e dont l&#8217;ancien conjoint \u00e9tait encore en vie. La d\u00e9cision d\u2019annuler les r\u00e9solutions a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par les trois chambres du Synode g\u00e9n\u00e9ral comme suit : \u00e9v\u00eaques 27-1 ; clerg\u00e9 143-44 ; la\u00efcs 138-65. Un rapport ult\u00e9rieur, intitul\u00e9 \u2018<em>Men and Women in Marriage\u2019<\/em> (<em>Hommes et femmes dans le mariage) <\/em>de 2015, a d\u00e9fendu la diff\u00e9renciation sexuelle des personnes comme faisant partie int\u00e9grante du mariage, mais ce rapport fut \u00e9galement critiqu\u00e9 par d&#8217;autres.<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\">[20]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>La question de la diff\u00e9renciation sexuelle nous am\u00e8ne \u00e0 celle des relations entre personnes de m\u00eame sexe. La Communion anglicane a abord\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1978, la question des relations entre personnes de m\u00eame sexe et a appel\u00e9, dans une r\u00e9solution, \u00e0 une \u2018\u00e9tude approfondie et impartiale qui prendrait au s\u00e9rieux tant l&#8217;enseignement des \u00c9critures que les r\u00e9sultats de la recherche scientifique et m\u00e9dicale\u2019. L&#8217;h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 r\u00e9affirm\u00e9e comme la norme biblique, mais en m\u00eame temps, la conf\u00e9rence a reconnu \u2018la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;une pastorale pour les homosexuels\u2019 ainsi que l&#8217;importance du dialogue. Une r\u00e9solution similaire en 1988, a ajout\u00e9 \u00e0 l&#8217;importance de la recherche biologique, g\u00e9n\u00e9tique et psychologique, les \u2018facteurs socioculturels\u2019 qui conduisent \u00e0 des attitudes diff\u00e9rentes envers l&#8217;homosexualit\u00e9. Il est frappant de constater que les lois adopt\u00e9es par les anciennes colonies britanniques criminalisaient plus fortement l&#8217;homosexualit\u00e9 que celles d\u2019autres anciennes colonies. Cependant, en 1998, la Conf\u00e9rence de Lambeth a condamn\u00e9 dans sa r\u00e9solution 1.10 \u2018les pratiques homosexuelles comme incompatibles avec les \u00c9critures\u2019, ajoutant qu&#8217;elle ne pouvait approuver la b\u00e9n\u00e9diction d&#8217;unions entre personnes de m\u00eame sexe, ni ordonner ceux qui \u00e9taient engag\u00e9s dans de telles unions. Cette r\u00e9solution a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e apr\u00e8s la l\u00e9galisation des activit\u00e9s homosexuelles au Royaume-Uni en 1967. En 1999, l&#8217;\u00e2ge du consentement a \u00e9t\u00e9 align\u00e9 sur celui des partenariats h\u00e9t\u00e9rosexuels, en 2005, les partenariats civils ont \u00e9t\u00e9 introduits et en 2013, les mariages entre personnes de m\u00eame sexe ont \u00e9t\u00e9 l\u00e9galis\u00e9s. Depuis lors, la <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Anglican_Communion\">Communion anglicane<\/a> est en proie \u00e0 la controverse. Les \u00c9glises anglicanes nationales du <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Anglican_Episcopal_Church_of_Brazil\">Br\u00e9sil, <\/a><a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Anglican_Church_of_Southern_Africa\">d&#8217;Afrique du Sud, <\/a>&nbsp;<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Church_of_South_India\">de l&#8217;Inde du sud, <\/a><a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Anglican_Church_in_Aotearoa,_New_Zealand_and_Polynesia\">de Nouvelle-Z\u00e9lande,<\/a> d&#8217;\u00c9cosse, du Pays de Galles, des \u00c9tats-Unis et <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Anglican_Church_of_Canada\">du Canada<\/a> ont pris des mesures pour approuver et c\u00e9l\u00e9brer les relations entre personnes de m\u00eame sexe. En f\u00e9vrier 2023, le Synode g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;\u00c9glise d&#8217;Angleterre a approuv\u00e9 les b\u00e9n\u00e9dictions pour les couples de m\u00eame sexe, mais une d\u00e9cision ult\u00e9rieure des \u00e9v\u00eaques en octobre 2025 a d\u00e9clar\u00e9 qu&#8217;une liturgie pour des \u2018services standalone\u2019 n\u00e9cessiterait une majorit\u00e9 des deux tiers au Synode g\u00e9n\u00e9ral. La question est rest\u00e9e en suspens.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>L&#8217;\u00e9volution de la position catholique romaine, notamment Amoris Laetitia et Fiducia Supplicans<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Le Concile Vatican II a produit une abondance de mat\u00e9riel sur le mariage et la famille, mentionn\u00e9s dans les documents sur la liturgie (<em>Sacrosanctum Concilium<\/em>), sur l&#8217;apostolat des la\u00efcs <em>(Apostolicam Actuositatem), <\/em>sur l&#8217;\u00e9ducation chr\u00e9tienne (<em>Gravissimum Educationis), <\/em>la libert\u00e9 religieuse (<em>Dignitatis Humanae)<\/em>, et surtout dans les documents sur l&#8217;\u00c9glise (<em>Lumen Gentium) <\/em>et sur <em>l&#8217;\u00c9glise dans le monde moderne (Gaudium et Spes)<\/em>. Quelques brefs commentaires suffiront. <em>Lumen Gentium <\/em>pr\u00e9sente une vision de la famille comme <a>\u00c9<\/a>glise domestique, o\u00f9 \u2018Il faut que par la parole et par l&#8217;exemple, dans cette sorte d&#8217;\u00c9glise qu&#8217;est le foyer, les parents soient pour leurs enfants les premiers h\u00e9rauts de la foi\u2019.<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\">[21]<\/a> La famille participe \u00e9galement au minist\u00e8re proph\u00e9tique du Christ, car elle \u2018 proclame hautement \u00e0 la fois les vertus du Royaume de Dieu et l\u2019espoir de la vie bienheureuse\u2019.<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\">[22]<\/a> L&#8217;exhortation <em>Familiaris Consortio <\/em>du pape Jean-Paul II, publi\u00e9e en 1981, est revenue \u00e0 l&#8217;image de la famille comme \u00c9glise domestique.<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\">[23]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;accent mis sur le bapt\u00eame dans Vatican II est bien connu, la relation \u00e9tant d\u00e9crite dans <em>Lumen Gentium <\/em>en termes de triple minist\u00e8re du Christ dans son \u0153uvre de salut, en tant que proph\u00e8te, pr\u00eatre et roi, auquel tous les baptis\u00e9s participent, bien que certains soient consacr\u00e9s \u00e0 un minist\u00e8re particulier en tant que diacres, pr\u00eatres et \u00e9v\u00eaques.<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\">[24]<\/a> Lors de sa publication en novembre 1965, le d\u00e9cret sur l&#8217;apostolat des la\u00efcs a r\u00e9it\u00e9r\u00e9 la triple fonction des la\u00efcs, mais a ajout\u00e9 que \u2018l\u2019apostolat des \u00e9poux et des familles a une singuli\u00e8re importance pour l\u2019\u00c9glise comme pour la soci\u00e9t\u00e9 civile\u2019.<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\">[25]<\/a> Mais c&#8217;est dans <em>Gaudium et Spes, <\/em>ou <em>L&#8217;\u00c9glise dans le monde moderne, <\/em>que l&#8217;on trouve l\u2019attention majeure accord\u00e9e \u00e0 \u2018la dignit\u00e9 du mariage et de la famille\u2019<em>. <\/em>Ce document faisait \u00e9cho \u00e0 l&#8217;encyclique papale <em>Casti Connubii <\/em>de Pie XI, de 1930, qui d\u00e9crivait le mariage comme \u2018le lien conjugal, qui ne peut \u00eatre dissous que par la mort\u2019.<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\">[26]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>Gaudium et Spes <\/em>a fortement mis l&#8217;accent sur la \u2018dignit\u00e9\u2019 dans sa description du mariage, de l&#8217;amour conjugal et de la famille, utilisant dix fois ce terme en cinq paragraphes.<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\">[27]<\/a> L&#8217;exhortation <em>Le r\u00f4le de la famille chr\u00e9tienne dans le monde moderne <\/em>de 1981 (<em>Familiaris Consortio) <\/em>a repris ce langage lorsqu&#8217;elle a propos\u00e9 d&#8217;exposer \u2018toute la v\u00e9rit\u00e9 et toute la dignit\u00e9 du mariage et de la famille\u2019, exprimant ainsi \u2018la dignit\u00e9 et la responsabilit\u00e9 de la famille chr\u00e9tienne comme \u00e9glise domestique\u2019.<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\">[28]<\/a> Mais c&#8217;est plut\u00f4t \u2018l&#8217;amour\u2019 que \u2018la dignit\u00e9\u2019 qui est mis en avant dans <em>Familiaris Consortio. <\/em>Cette derni\u00e8re d\u00e9crit \u2018la famille, fond\u00e9e et anim\u00e9e par l&#8217;amour\u2019 comme \u2018une communaut\u00e9 de personnes\u2019. <em>Familiaris Consortio <\/em>a \u00e9galement soulign\u00e9 la triple fonction de proph\u00e8te, pr\u00eatre et roi, car la famille, dans son r\u00f4le sacerdotal, sanctifie l&#8217;\u00c9glise et le monde ; deuxi\u00e8mement, dans son r\u00f4le royal, elle sert la communaut\u00e9; et enfin, dans son r\u00f4le proph\u00e9tique, elle est une communaut\u00e9 \u00e9vang\u00e9lisatrice.<a href=\"#_ftn29\" id=\"_ftnref29\">[29]<\/a> Elle a \u00e9galement r\u00e9affirm\u00e9 l&#8217;importance de la possibilit\u00e9 de procr\u00e9ation, ou \u2018nouvelle vie\u2019, dans tout acte sexuel, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 <em>Humanae Vitae<\/em><a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\">[30]<\/a> , tout en ajoutant : \u2018L&#8217;\u00c9glise est certainement consciente des nombreux probl\u00e8mes complexes auxquels les couples sont confront\u00e9s aujourd&#8217;hui dans de nombreux pays dans leur t\u00e2che de transmettre la vie de mani\u00e8re responsable. Elle reconna\u00eet \u00e9galement le grave probl\u00e8me de la croissance d\u00e9mographique telle qu&#8217;elle se pr\u00e9sente dans de nombreuses r\u00e9gions du monde et ses implications morales\u2019.<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\">[31]<\/a><em> Familiaris Consortio <\/em>consacre un long paragraphe \u00e0 la \u2018th\u00e9ologie du corps\u2019, qui affirme le \u2018langage inn\u00e9\u2019 et la \u2018v\u00e9rit\u00e9 int\u00e9rieure de l&#8217;amour conjugal\u2019 que la contraception falsifie, en utilisant une anthropologie et une conception de la sexualit\u00e9 tr\u00e8s diff\u00e9rentes de la combinaison de biologie et de loi naturelle que l&#8217;on trouve dans <em>Humanae Vitae<\/em>.<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\">[32]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Deux changements ont eu lieu sous le pontificat du pape Fran\u00e7ois, tous deux li\u00e9s \u00e0 l&#8217;approche pastorale de la vie familiale et des relations engag\u00e9es. Apr\u00e8s deux Synodes sur la famille, Fran\u00e7ois a publi\u00e9 en 2016 son exhortation apostolique <em>Amoris Laetitia<\/em>. Pour la premi\u00e8re fois, l&#8217;exhortation abordait les questions de la cohabitation, ainsi que les d\u00e9fis empiriques auxquels les familles sont confront\u00e9es, tels que le stress, la pauvret\u00e9 et la violence conjugale.<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\">[33]<\/a> Le document examinait si les catholiques divorc\u00e9s civilement et remari\u00e9s dans des \u2018unions irr\u00e9guli\u00e8res\u2019 pouvaient, dans certains cas, \u00eatre r\u00e9admis \u00e0 l&#8217;Eucharistie sans que leur situation soit r\u00e9gularis\u00e9e.<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\">[34]<\/a> Comme le fit remarquer un th\u00e9ologien, la temp\u00eate qui s\u2019ensuivit donna lieu \u00e0 un d\u00e9bat par procuration qui a montr\u00e9 que \u2018les larges divisions au sein de l&#8217;\u00c9glise, sur la sexualit\u00e9, le mariage et la famille sont tr\u00e8s profondes\u2019.<a href=\"#_ftn35\" id=\"_ftnref35\">[35]<\/a><em> Amoris Laetitia <\/em>a cit\u00e9 le Synode qui a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019 \u2018en ce qui concerne le projet d\u2019assimiler au mariage les unions entre personnes homosexuelles, il n\u2019y a aucun fondement pour assimiler ou \u00e9tablir des analogies, m\u00eame lointaines, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille\u2019.<a href=\"#_ftn36\" id=\"_ftnref36\">[36]<\/a> Mais <em>Amoris Laetitia <\/em>dit aussi que \u2018le masculin et le f\u00e9minin ne sont pas quelque chose de rigide\u2019.<a href=\"#_ftn37\" id=\"_ftnref37\">[37]<\/a> Ce document a fait l&#8217;objet de nombreuses discussions parmi les th\u00e9ologiens, y compris la mani\u00e8re dont <em>Amoris Laetitia <\/em>tend vers un \u2018id\u00e9al\u2019 du mariage auquel les couples doivent \u2018\u00eatre ouverts\u2019, contrairement au commandement contre l&#8217;adult\u00e8re dans <em>Familiaris Consortio, <\/em>qui nie explicitement que le mariage soit un id\u00e9al.<a href=\"#_ftn38\" id=\"_ftnref38\">[38]<\/a><em> <\/em><em>Amoris Laetitia <\/em>aborde \u00e9galement pour la premi\u00e8re fois dans un document du Vatican, la passion sexuelle. L\u2019Exhortation apostolique affirme que \u2018cette union inclut la tendresse de l\u2019amiti\u00e9 et la passion \u00e9rotique, bien qu\u2019elle soit capable de subsister m\u00eame lorsque les sentiments et la passion s\u2019affaiblissent\u2019, et elle \u00e9tablit un lien avec la conception d&#8217;Aquinas de \u2018l&#8217;union affective\u2019.<a href=\"#_ftn39\" id=\"_ftnref39\">[39]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier document \u00e0 consid\u00e9rer dans cet aper\u00e7u sur le discernement des relations personnelles par l\u2019\u00c9glise catholique est Fiducia Supplicans, publi\u00e9 en d\u00e9cembre&nbsp;2023. Une fois de plus, on peut affirmer que cette d\u00e9claration \u2018reste ferme sur la doctrine traditionnelle de l&#8217;\u00c9glise concernant le mariage, n&#8217;autorisant aucun type de rite liturgique ou de b\u00e9n\u00e9diction similaire \u00e0 un rite liturgique qui pourrait pr\u00eater \u00e0 confusion\u2019.<a href=\"#_ftn40\" id=\"_ftnref40\">[40]<\/a> Elle poursuit en affirmant que \u2018l&#8217;\u00c9glise n&#8217;a pas le pouvoir de conf\u00e9rer sa b\u00e9n\u00e9diction liturgique lorsque celle-ci peut, d&#8217;une certaine mani\u00e8re, offrir une forme de l\u00e9gitimit\u00e9 morale \u00e0 une union qui se pr\u00e9sente comme un mariage ou \u00e0 une pratique sexuelle non matrimoniale\u2019.<a href=\"#_ftn41\" id=\"_ftnref41\">[41]<\/a> N\u00e9anmoins, \u2018il est possible de b\u00e9nir les couples en situation irr\u00e9guli\u00e8re et les couples de m\u00eame sexe, sous une forme qui ne doit pas \u00eatre fix\u00e9e rituellement par les autorit\u00e9s eccl\u00e9siales, afin de ne pas cr\u00e9er de confusion avec la b\u00e9n\u00e9diction propre au sacrement du mariage\u2019. Dans ces cas, on donne une b\u00e9n\u00e9diction qui n&#8217;a pas seulement une valeur ascendante, mais qui est aussi l&#8217;invocation d&#8217;une b\u00e9n\u00e9diction descendante de Dieu lui-m\u00eame sur ceux qui, se reconnaissant indigents et ayant besoin de son aide, ne revendiquent pas la l\u00e9gitimit\u00e9 de leur propre statut, mais demandent que tout ce qui est vrai, bon et humainement valable dans leur vie et dans leurs relations soit investi, gu\u00e9ri et \u00e9lev\u00e9 par la pr\u00e9sence de l&#8217;Esprit Saint.<a href=\"#_ftn42\" id=\"_ftnref42\">[42]<\/a> Cela ne doit pas \u00eatre exprim\u00e9 sous la forme d&#8217;un rituel, mais l\u00e0 encore, l&#8217;attitude du pape Fran\u00e7ois est celle de la compassion et de la mis\u00e9ricorde, et il ne consid\u00e8re plus les relations homosexuelles comme \u2018intrins\u00e8quement d\u00e9sordonn\u00e9es\u2019.<a href=\"#_ftn43\" id=\"_ftnref43\">[43]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Saluant <em>Fiducia Supplicans<\/em>, Alain Thomasset SJ, a d\u00e9clar\u00e9 que l&#8217;attitude ant\u00e9rieure de la Congr\u00e9gation pour la Doctrine de la Foi \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des relations entre personnes de m\u00eame sexe signifiait que \u2018les sacrements et les sacramentaux ne sont pas compris comme des moyens de croissance et de soutien, mais comme des attestations de conformit\u00e9 \u00e0 des principes g\u00e9n\u00e9raux, une r\u00e9compense pour la conformit\u00e9 \u00e0 la doctrine de l&#8217;\u00c9glise\u2019.<a href=\"#_ftn44\" id=\"_ftnref44\"><sup>[44]<\/sup><\/a><sup> <\/sup>Thomasset voit un parall\u00e8le \u00e9vident entre ce document et <em>Amoris Laetitia<\/em>, et conclut qu&#8217;il existe des couples de m\u00eame sexe, fid\u00e8les depuis des d\u00e9cennies, qui incarnent le soutien mutuel, la tendresse et la charit\u00e9 envers les autres, et qui s&#8217;engagent dans une v\u00e9ritable communaut\u00e9 de foi et de service \u00e0 l&#8217;\u00c9glise. N&#8217;est-il pas possible de reconna\u00eetre le bien v\u00e9cu par ces couples, signe de l&#8217;Esprit qui est \u00e0 l&#8217;\u0153uvre, m\u00eame si leur exp\u00e9rience ne correspond pas \u00e0 l&#8217;id\u00e9al chr\u00e9tien du mariage ?<a href=\"#_ftn45\" id=\"_ftnref45\"><sup>[45]<\/sup><\/a> Cependant, la<em> <\/em><em>Responsio ad Dubium<\/em> de 2021 affirmait qu&#8217; \u2018il est non seulement inappropri\u00e9, mais en fait impossible pour l&#8217;\u00c9glise de b\u00e9nir des couples de m\u00eame sexe, car une b\u00e9n\u00e9diction ne peut signifier la gr\u00e2ce dans le contexte d&#8217;une relation qui n&#8217;est pas ordonn\u00e9e \u00e0 la gr\u00e2ce\u2019, et c&#8217;est pourquoi <em>Fiducia Supplicans <\/em>propose \u2018une b\u00e9n\u00e9diction spontan\u00e9e et non liturgique\u2019.<a href=\"#_ftn46\" id=\"_ftnref46\">[46]<\/a><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>\u00a0ARCIC II : La vie en Christ,<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>En 1994, ARCIC II a publi\u00e9 sa d\u00e9claration sur \u2018Morale, communion et \u00c9glise\u2019, intitul\u00e9e <em>La vie en Christ. <\/em>L&#8217;approche de base consistait \u00e0 mettre l&#8217;accent sur la \u2018vision partag\u00e9e\u2019 et \u2018l&#8217;h\u00e9ritage commun\u2019 (pour citer le document), avec comme arguments centraux \u00e0 la fois le fait historique d&#8217;une \u2018tradition commune\u2019 et l&#8217;affirmation que la vie de chaque communaut\u00e9 participe \u00e0 la \u2018distinction de la disposition du Christ\u2019, ce qui constitue une justification th\u00e9ologique pour reconna\u00eetre un \u2018h\u00e9ritage commun\u2019. Le document passait ensuite \u00e0 une section o\u00f9 \u2018les chemins se s\u00e9paraient\u2019, bien que le renouveau de la th\u00e9ologie morale dans l&#8217;\u00c9glise catholique au cours de la seconde moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle, ait signifi\u00e9 un rapprochement entre les deux traditions, qui se sont tourn\u00e9es vers les \u00c9critures et ont int\u00e9gr\u00e9 la loi naturelle \u2018dans une description plus personnaliste de la vie morale\u2019.<a href=\"#_ftn47\" id=\"_ftnref47\">[47]<\/a> La d\u00e9claration abordait ensuite le mariage et reconnaissait \u00e0 nouveau le degr\u00e9 de convergence entre les deux communaut\u00e9s, qui s&#8217;accordent toutes deux \u00e0 dire qu&#8217;une alliance d&#8217;amour humain renvoie \u00e0 l&#8217;alliance d&#8217;amour de Dieu. Le mariage est \u00e0 la fois signe et r\u00e9alit\u00e9 de l&#8217;amour divin dans la cr\u00e9ation, mais il existe un d\u00e9saccord sur la mani\u00e8re dont la sacramentalit\u00e9 du mariage peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e, bien que les diff\u00e9rents accents puissent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme compl\u00e9mentaires.<a href=\"#_ftn48\" id=\"_ftnref48\">[48]<\/a> Il existe toutefois un d\u00e9saccord sur la validit\u00e9 du mariage apr\u00e8s le divorce. La conf\u00e9rence de Lambeth de 1888 a examin\u00e9 cette question et a r\u00e9affirm\u00e9 que \u2018le pacte matrimonial impliquait l&#8217;intention de le faire durer toute la vie\u2019, mais a accept\u00e9 que les eccl\u00e9siastiques ne soient pas tenus de refuser le sacrement aux personnes qui ont contract\u00e9 un second mariage civil alors que leur premier conjoint \u00e9tait encore en vie. Certaines \u00c9glises, dont l&#8217;\u00c9glise d&#8217;Angleterre, comme d\u00e9crit ci-dessus, ont conserv\u00e9 la conception traditionnelle de l&#8217;indissolubilit\u00e9, tandis que d&#8217;autres ont adopt\u00e9 une conception diff\u00e9rente.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon <em>Life in Christ, <\/em>la diff\u00e9rence entre les deux \u00c9glises r\u00e9side dans l&#8217;\u00e9quilibre entre le respect de la personne et le respect de l&#8217;institution du mariage. L&#8217;\u00c9glise catholique consid\u00e8re que le mariage est favoris\u00e9 par la loi, et la nature sacramentelle du mariage entre deux personnes baptis\u00e9es signifie que ces mariages sont consid\u00e9r\u00e9s comme diff\u00e9rents des autres mariages. Il y a un accord sur la nature du mariage, l&#8217;obligation de suivre l&#8217;enseignement du Christ et la pastorale des personnes qui souffrent de la rupture d&#8217;un mariage, mais les implications de cette conception sont interpr\u00e9t\u00e9es diff\u00e9remment dans chaque \u00c9glise.<a href=\"#_ftn49\" id=\"_ftnref49\">[49]<\/a> En ce qui concerne la contraception \u00e9galement, <em>Life in Christ <\/em>voyait la position catholique comme le reflet d&#8217;une d\u00e9finition de l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 qui consid\u00e8re les personnes humaines et l&#8217;amour conjugal comme impliqu\u00e9s dans la dignit\u00e9 unique d&#8217;un acte capable de donner naissance \u00e0 une nouvelle vie&#8230; la relation entre fertilit\u00e9 humaine et cr\u00e9ativit\u00e9 divine, \u2018tandis que les anglicans consid\u00e8rent comme principe moral que la procr\u00e9ation ne doit pas \u00eatre exclue arbitrairement d\u2019une relation durable\u2019.<a href=\"#_ftn50\" id=\"_ftnref50\">[50]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>Life in Christ <\/em>appelait \u00e0 poursuivre le dialogue commun sur les questions morales dans le cadre de la mission de l&#8217;\u00c9glise et comme moyen de remettre en question la soci\u00e9t\u00e9 \u2018l\u00e0 o\u00f9 cette image est alt\u00e9r\u00e9e ou d\u00e9grad\u00e9e\u2019.<a href=\"#_ftn51\" id=\"_ftnref51\">[51]<\/a> Cela n&#8217;a pas eu lieu. Le commentaire officiel de l&#8217;\u00c9glise catholique, r\u00e9dig\u00e9 par le p\u00e8re Thomas Kopfensteiner SJ, \u00e9tait positif mais descriptif, bien qu&#8217;il ait parl\u00e9 en termes prudents d\u2019\u2018une r\u00e9vision personnaliste de la sexualit\u00e9. Le sexe a le pouvoir de communiquer et d\u2019am\u00e9liorer l&#8217;intimit\u00e9 du couple\u2019.<a href=\"#_ftn52\" id=\"_ftnref52\">[52]<\/a> Cela nuan\u00e7ait la conception int\u00e9grale de la procr\u00e9ation et de l&#8217;intimit\u00e9 sexuelle \u00e0 laquelle le Vatican, en particulier la Congr\u00e9gation pour la Doctrine de la Foi, \u00e9tait fermement attach\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Un mois avant la publication de<em> Life in Christ<\/em>, le Vatican a publi\u00e9 <em>Veritatis Splendor, <\/em>qui affirmait clairement la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir des convictions morales absolues et le fait que le D\u00e9calogue, rappel\u00e9 par J\u00e9sus au jeune homme riche dans Mt 19,18-19, ne pouvait \u00eatre ignor\u00e9 : \u2018Ces pr\u00e9ceptes n\u00e9gatifs expriment fortement la n\u00e9cessit\u00e9 imprescriptible de prot\u00e9ger la vie humaine, la communion des personnes dans le mariage.\u2019<a href=\"#_ftn53\" id=\"_ftnref53\">[53]<\/a> Il poursuivait en disant \u2018Sur les actes intrins\u00e8quement mauvais, et en r\u00e9f\u00e9rence aux pratiques contraceptives par lesquelles l&#8217;acte conjugal est rendu intentionnellement inf\u00e9cond&#8230; il n&#8217;est pas permis, m\u00eame pour de tr\u00e8s graves raisons, de faire le mal afin qu&#8217;il en r\u00e9sulte un bien (cf. Rm 3, 8)&#8230; De ce fait, les circonstances ou les intentions ne pourront jamais transformer un acte intrins\u00e8quement malhonn\u00eate de par son objet en un acte \u00ab subjectivement \u00bb honn\u00eate ou d\u00e9fendable comme choix.\u2019<a href=\"#_ftn54\" id=\"_ftnref54\">[54]<\/a><em> Amoris Laetitia <\/em>s&#8217;est montr\u00e9e plus prudente, en parlant du \u2018lien intrins\u00e8que entre l\u2019amour conjugal et l\u2019engendrement de la vie &#8230; le besoin de respecter la dignit\u00e9 de la personne dans l\u2019\u00e9valuation morale des m\u00e9thodes de r\u00e9gulation des naissances\u2019.<a href=\"#_ftn55\" id=\"_ftnref55\">[55]<\/a><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>ARCIC III, Cheminer ensemble :<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>ARCIC III a repris ses travaux en 2011, avec un double mandat consistant \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des questions fondamentales concernant \u2018l&#8217;\u00c9glise comme communion locale et universelle\u2019 et, deuxi\u00e8mement, \u00e0 la question de savoir \u2018comment l&#8217;\u00c9glise locale et universelle en communion parvient \u00e0 discerner la doctrine \u00e9thique correcte\u2019<a href=\"#_ftn56\" id=\"_ftnref56\">[56]<\/a> . La premi\u00e8re partie de la d\u00e9claration a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en 2018, apr\u00e8s avoir fait l&#8217;objet d&#8217;un accord \u00e0 Erfurt en 2017, sous le titre <em>Walking Together on the Way: Learning To Be the Church-Local, Regional and Universal. <\/em>Le mandat faisait suite \u00e0 la d\u00e9claration commune du pape Beno\u00eet XVI et de l&#8217;archev\u00eaque Williams en 2006, qui identifiait deux domaines critiques pour notre dialogue \u0153cum\u00e9nique futur : \u2018les facteurs eccl\u00e9siologiques et \u00e9thiques \u00e9mergents qui rendent ce cheminement plus difficile et plus lourd\u2019. <em>Walking Together <\/em>d\u00e9clarait dans son introduction en 2018 :<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l&#8217;ach\u00e8vement des travaux d\u2019ARCIC II en 2005, le dialogue n&#8217;a pas repris imm\u00e9diatement. La cr\u00e9ation d&#8217;une nouvelle Commission (ARCIC III) et la r\u00e9affirmation de l&#8217;objectif initial en 2011, t\u00e9moignent \u00e0 la fois d&#8217;une confiance \u00e0 long terme dans la poursuite de l&#8217;unit\u00e9 anglicane-catholique romaine et d&#8217;un engagement \u00e0 aborder avec amour et franchise les obstacles qui ont \u00e9merg\u00e9 plus r\u00e9cemment. Ces obstacles soul\u00e8vent des questions sur la relation entre les niveaux local et r\u00e9gional de la vie eccl\u00e9siale, d&#8217;une part, et le niveau universel, d&#8217;autre part. Ils soul\u00e8vent en particulier des questions sur la mani\u00e8re dont ces niveaux traitent les questions controvers\u00e9es de prise de d\u00e9cision et de discernement de la doctrine \u00e9thique correcte. Dans ce contexte, le mandat en deux parties de la Commission l&#8217;a amen\u00e9e \u00e0 examiner certaines des questions centrales qui nous divisent et les d\u00e9fis communs auxquels nous sommes confront\u00e9s.<a href=\"#_ftn57\" id=\"_ftnref57\">[57]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>La Commission a d\u00e9cid\u00e9 que, bien que le mandat ne fasse pas r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&#8217;\u00c9glise \u2018r\u00e9gionale\u2019, celle-ci devait n\u00e9anmoins y \u00eatre incluse.<a href=\"#_ftn58\" id=\"_ftnref58\">[58]<\/a><em> Walking Together <\/em>ne traitait pas des questions \u00e9thiques ou morales, mais soulignait que \u2018l&#8217;\u00e9tude des structures et des processus d\u00e9cisionnels respectifs est \u00e9galement pertinente pour la deuxi\u00e8me partie de notre mandat, qui concerne la distinction entre les enseignements \u00e9thiques corrects\u2019.<a href=\"#_ftn59\" id=\"_ftnref59\">[59]<\/a> La d\u00e9claration faisait \u00e9galement r\u00e9f\u00e9rence aux travaux ant\u00e9rieurs d\u2019ARCIC sur les questions \u00e9thiques et indiquait : \u2018Dans <em>Life in Christ (<\/em>1994), il a \u00e9t\u00e9 reconnu que, m\u00eame si certains domaines de d\u00e9saccord ne peuvent \u00eatre totalement surmont\u00e9s, ils peuvent \u00eatre r\u00e9\u00e9valu\u00e9s comme ne justifiant plus la division.\u2019<a href=\"#_ftn60\" id=\"_ftnref60\">[60]<\/a> ARCIC III a opt\u00e9 pour une nouvelle m\u00e9thode th\u00e9ologique, \u00e0 savoir l&#8217;\u0153cum\u00e9nisme r\u00e9ceptif (<em>receptive ecumenism)<\/em>. L&#8217;apprentissage r\u00e9ceptif se traduit par la m\u00e9thode de l&#8217;\u0153cum\u00e9nisme r\u00e9ceptif. Cette m\u00e9thode th\u00e9ologique a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par un la\u00efc catholique, le professeur Paul Murray de l&#8217;Universit\u00e9 de Durham, dans le nord-est de l&#8217;Angleterre, qui \u00e9tait membre lors de la premi\u00e8re partie d\u2019ARCIC III et conseiller pour la deuxi\u00e8me partie. ARCIC lui est tr\u00e8s reconnaissant pour son travail international pour le d\u00e9veloppement de cette m\u00e9thode th\u00e9ologique.<a href=\"#_ftn61\" id=\"_ftnref61\">[61]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>\u2018L&#8217;apprentissage r\u00e9ceptif est le processus par lequel chacune de nos traditions se demande si les instruments de communion et d&#8217;autres \u00e9l\u00e9ments de la vie eccl\u00e9siale que l&#8217;on trouve dans l&#8217;autre tradition peuvent \u00eatre un moyen de promouvoir la mission de l&#8217;\u00c9glise dans sa propre tradition.\u2019 <a href=\"#_ftn62\" id=\"_ftnref62\">[62]<\/a> La pr\u00e9face poursuit :<\/p>\n\n\n\n<p>Dans chaque cas, la discussion passe par trois phases : premi\u00e8rement, d\u00e9crire ce qui est actuellement le cas pour chacune de nos traditions au niveau en question ; deuxi\u00e8mement, identifier les tensions et les difficult\u00e9s respectives rencontr\u00e9es \u00e0 ce niveau ; et troisi\u00e8mement, s&#8217;interroger sur les possibilit\u00e9s d&#8217;un apprentissage r\u00e9ceptif transformateur de l&#8217;autre tradition en ce qui concerne ces tensions et ces difficult\u00e9s. Cette t\u00e2che exige une \u00e9valuation honn\u00eate, un repentir et le courage de nous regarder honn\u00eatement et d&#8217;apprendre de l&#8217;autre.<a href=\"#_ftn63\" id=\"_ftnref63\">[63]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ce processus implique d&#8217;\u00eatre pr\u00eat \u00e0 discerner ce qui semble avoir \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9 ou sous-d\u00e9velopp\u00e9 dans notre propre tradition et \u00e0 se demander si ces aspects sont mieux d\u00e9velopp\u00e9s dans l&#8217;autre tradition. Il faut ensuite \u00eatre ouvert \u00e0 la question de savoir comment ces points forts per\u00e7us dans l&#8217;autre tradition pourraient, par un apprentissage r\u00e9ceptif, contribuer au d\u00e9veloppement et \u00e0 l&#8217;enrichissement de cet aspect de la vie eccl\u00e9siale dans notre propre tradition.<a href=\"#_ftn64\" id=\"_ftnref64\">[64]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;\u0153cum\u00e9nisme r\u00e9ceptif est \u00e0 la fois culturel et th\u00e9ologique et demande \u00e0 chaque communaut\u00e9, dans le cadre sp\u00e9cifique d\u2019un contexte particulier, comment elle pourrait apprendre de l&#8217;autre. La diversit\u00e9 n&#8217;est pas une menace, mais plut\u00f4t la mani\u00e8re dont l&#8217;\u00c9vangile peut \u00eatre incultur\u00e9 dans le contexte de chaque nation, groupe ethnique et autres facteurs culturellement importants.<\/p>\n\n\n\n<p>Le principe essentiel de l&#8217;\u0153cum\u00e9nisme r\u00e9ceptif est que, dans le contexte de dialogues matures, le moment pr\u00e9sent exige de mettre l&#8217;accent en premier lieu sur ce que notre propre tradition doit apprendre du partenaire, plut\u00f4t que l&#8217;inverse. &#8230; Nous sugg\u00e9rons que la double t\u00e2che actuelle, alors que nous avan\u00e7ons sur la voie de la pleine communion, consiste \u00e0 (i) examiner humblement ce qui ne fonctionne pas efficacement dans notre propre tradition, et (ii) nous demander si cela peut \u00eatre am\u00e9lior\u00e9 par un apprentissage r\u00e9ceptif de la compr\u00e9hension, des structures, des pratiques et des jugements de l&#8217;autre. <a href=\"#_ftn65\" id=\"_ftnref65\">[65]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;organisation trans-locale des \u00c9glises est un signe clair que l&#8217;\u00c9glise veut s&#8217;\u00e9tendre \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 humaine dans la diversit\u00e9 des cultures, des nations et m\u00eame des continents &#8230; C&#8217;est pourquoi, lorsqu&#8217;ils discernent les questions de foi et de morale, les catholiques et les anglicans doivent pr\u00eater attention \u00e0 ce que dit l&#8217;Esprit dans l&#8217;autre tradition avant de parvenir \u00e0 une conclusion d\u00e9finitive pour leur tradition particuli\u00e8re.<a href=\"#_ftn66\" id=\"_ftnref66\">[66]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>Walking Together <\/em>a donc \u00e9num\u00e9r\u00e9 quelques-unes des fa\u00e7ons dont chaque communaut\u00e9 pourrait avoir besoin de l&#8217;aide de l&#8217;autre. Il d\u00e9crit les structures synodales de la communaut\u00e9 anglicane:<\/p>\n\n\n\n<p>Dans des contextes de division profonde, le style oppositionnel de la prise de d\u00e9cision parlementaire, g\u00e9n\u00e9ralement requis par les structures synodales, peut parfois \u00eatre un instrument brutal pour d\u00e9cider des r\u00e9ponses \u00e0 apporter aux besoins pastoraux sensibles et aux questions doctrinales et \u00e9thiques. Les diff\u00e9rences th\u00e9ologiques internes peuvent d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en attitudes partisanes.<a href=\"#_ftn67\" id=\"_ftnref67\">[67]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>En utilisant une m\u00e9thode innovante consistant \u00e0 placer le texte en colonnes parall\u00e8les, la colonne oppos\u00e9e indiquait que dans l&#8217;\u00c9glise catholique romaine, tant sa propre th\u00e9ologie que les dons des la\u00efcs \u2018appellent \u00e0 une implication encore plus grande des la\u00efcs dans l&#8217;enseignement et la gestion des dioc\u00e8ses et des paroisses\u2019.<a href=\"#_ftn68\" id=\"_ftnref68\">[68]<\/a> Le discipulat chr\u00e9tien n&#8217;est pas seulement une question de foi mais comporte \u00e9galement un aspect moral. Dans un commentaire sur l&#8217;\u00c9vangile de Matthieu, on peut lire : \u2018Le discipulat comporte un aspect sacramentel et moral qui affecte toute la vie chr\u00e9tienne.\u2019<a href=\"#_ftn69\" id=\"_ftnref69\">[69]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>Walking Together <\/em>d\u00e9crit pour la premi\u00e8re foisdans un texte de l&#8217;ARCIC, les difficult\u00e9s au sein des deux communaut\u00e9s, anticipant ainsi les travaux actuels de la Commission. Trois citations illustrent la mani\u00e8re dont <em>Walking Together <\/em>a utilis\u00e9 l&#8217;\u0153cum\u00e9nisme r\u00e9ceptif dans son travail. D\u00e9crivant la Conf\u00e9rence de Lambeth pendant plusieurs d\u00e9cennies, il s&#8217;est demand\u00e9 si l&#8217;accent mis sur l&#8217;autonomie provinciale dans la Communion anglicane signifiait que les anglicans pouvaient tirer des enseignements de l&#8217;accent mis par les catholiques sur l&#8217;unit\u00e9 de l&#8217;\u00c9glise :<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, des tensions sont apparues sur des questions morales (par exemple, la polygamie, la contraception artificielle, le remariage des personnes divorc\u00e9es) et, \u00e0 partir du milieu du XXe si\u00e8cle, sur la cons\u00e9cration des femmes au presbyt\u00e9rat et \u00e0 l&#8217;\u00e9piscopat. De la fin du XXe si\u00e8cle au XXIe si\u00e8cle, les tensions les plus vives concernent les questions li\u00e9es \u00e0 la sexualit\u00e9 humaine. Ces questions se posent \u00e9galement dans les contextes catholiques romains.<a href=\"#_ftn70\" id=\"_ftnref70\">[70]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8mement, il a \u00e9t\u00e9 dit que les catholiques peuvent tirer des enseignements de l&#8217;ouverture anglicane :<\/p>\n\n\n\n<p>La qualit\u00e9 du dialogue catholique romain au niveau paroissial et dioc\u00e9sain pourrait \u00eatre enrichie en tirant les le\u00e7ons de l&#8217;exp\u00e9rience anglicane en mati\u00e8re de d\u00e9bat ouvert et parfois douloureux, alors que l&#8217;\u00c9glise s&#8217;efforce de parvenir \u00e0 une conception commune. <a href=\"#_ftn71\" id=\"_ftnref71\">[71]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, les anglicans peuvent apprendre des catholiques sur la mani\u00e8re et la nature du d\u00e9bat synodal :<\/p>\n\n\n\n<p>La mani\u00e8re dont le pape Fran\u00e7ois a \u00e9cout\u00e9 le d\u00e9bat au sein de l&#8217;\u00c9glise catholique romaine et l&#8217;a formul\u00e9, comme en t\u00e9moignent les deux r\u00e9cents Synodes sur la famille dans <em>Amoris L\u00e6titia<\/em>, a \u00e9t\u00e9 attentivement observ\u00e9e par les anglicans. Son encouragement \u00e0 la subsidiarit\u00e9 dans la d\u00e9termination des questions pastorales qui divisent pourrait bien \u00eatre un domaine d\u2019apprentissage r\u00e9ceptif. <a href=\"#_ftn72\" id=\"_ftnref72\">[72]<\/a><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Les travaux actuels de la Commission depuis 2019 portent sur le \u2018discernement de la doctrine \u00e9thique correcte\u2019.<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>La Commission actuelle est \u00e0 l\u2019\u0153uvre depuis 2019, bien que les travaux de 2020-2022 n&#8217;aient pu \u00eatre effectu\u00e9s qu&#8217;en ligne. Un accord a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 en octobre 2025, \u00e0 Melbourne en Australie, sur un avant-dernier projet, mais de nombreuses r\u00e9visions sont encore \u00e0 pr\u00e9voir avant l&#8217;accord esp\u00e9r\u00e9 pour une d\u00e9claration en 2026, qui sera r\u00e9alis\u00e9e en ligne. J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 membre du comit\u00e9 de r\u00e9daction, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, en collaboration avec un \u00e9v\u00eaque anglican, Garth Minott, de Jama\u00efque, un conseiller anglican, le r\u00e9v\u00e9rend Stuart Clem, qui enseigne \u00e0 la Dominican House of Studies \u00e0 Saint-Louis, aux \u00c9tats-Unis, et trois th\u00e9ologiens catholiques, \u00e0 savoir le professeur Vimal Tirimanna, un r\u00e9demptoriste de l&#8217;Alphonsianum \u00e0 Rome, qui enseigne \u00e9galement dans son pays natal, le Sri Lanka ; le professeur Sigrid M\u00fcller de l&#8217;Universit\u00e9 de Vienne ; et le Dr Kristin Colberg, eccl\u00e9siologue \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 St John&#8217;s, dans le Minnesota, aux \u00c9tats-Unis. Il est int\u00e9ressant de noter que plusieurs membres du groupe de travail sont des la\u00efcs catholiques.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9thode de travail de la Commission est \u00e0 nouveau fortement marqu\u00e9e par l&#8217;\u0153cum\u00e9nisme r\u00e9ceptif. Le projet de rapport se compose de quatre parties, avec un premier chapitre sur le <em>sensus fidelium <\/em>et une discussion du chapitre 15 des Actes des Ap\u00f4tres, le Concile de J\u00e9rusalem comme paradigme du discernement \u00e9thique sur une question litigieuse, avec l&#8217;autre r\u00e9cit de Paul dans le chapitre 2 de l&#8217;\u00e9p\u00eetre aux Galates, suivi par l\u2019admission du fait que la r\u00e9ception de <em>Humanae Vitae <\/em>a \u00e9t\u00e9 difficile depuis 1968, tandis qu\u2019en m\u00eame temps, de violents conflits ont \u00e9clat\u00e9 au sein de la Communion anglicane sur la question de la sexualit\u00e9, deux questions qui restent non r\u00e9solues. Un deuxi\u00e8me chapitre examine la tradition du raisonnement moral dans les deux communaut\u00e9s depuis la R\u00e9forme, avec une discussion sur le r\u00f4le de la conscience. Le troisi\u00e8me chapitre consacre beaucoup de temps \u00e0 deux \u00e9tudes de cas, dont l&#8217;une a vu les deux communaut\u00e9s prendre des voies diff\u00e9rentes, \u00e0 savoir celle de la validit\u00e9 de l&#8217;utilisation de la contraception artificielle, et la seconde celle de l&#8217;esclavage, o\u00f9 les deux communaut\u00e9s ont douloureusement appris \u00e0 se repentir de leurs actes suite \u00e0 la tol\u00e9rance de cette pratique au cours des si\u00e8cles pass\u00e9s. La Commission Foi et Constitution du Conseil \u0153cum\u00e9nique des \u00c9glises offre \u00e9galement un outil analytique utile sur les facteurs th\u00e9ologiques, culturels et sociaux impliqu\u00e9s dans le discernement moral, en particulier concernant la compr\u00e9hension de l&#8217;autorit\u00e9, les normes morales, la question de la transcendance ou de l&#8217;immanence, et la question de la possibilit\u00e9 de changement dans la vie et l&#8217;enseignement de l&#8217;\u00c9glise. Un chapitre final esquisse les implications de l&#8217;interaction entre la tradition morale, <em>le sensus fidei <\/em>aux c\u00f4t\u00e9s du<em> sensus fidelium<\/em>, et les deux \u00e9tudes de cas, et revient sur ce que chaque communaut\u00e9 pourrait apprendre de l&#8217;autre.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Conclusion. Un discernement moral commun est-il possible dans nos \u00c9glises ?<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Le document est encore \u00e0 l&#8217;\u00e9tat de projet, et il serait inappropri\u00e9 de citer le texte, qui pourrait tr\u00e8s bien \u00eatre modifi\u00e9 dans les mois \u00e0 venir, mais certaines choses sont claires pour tous les membres de la Commission, apr\u00e8s des ann\u00e9es de d\u00e9bat et de r\u00e9daction. Premi\u00e8rement, il y a l&#8217;importance de l&#8217;apprentissage r\u00e9ceptif et de l&#8217;\u0153cum\u00e9nisme r\u00e9ceptif, o\u00f9 chaque communaut\u00e9 peut apprendre de l&#8217;autre. Deuxi\u00e8mement, il y a la complexit\u00e9 et la difficult\u00e9 du discernement moral et la mesure dans laquelle chaque communaut\u00e9 a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 des questions de r\u00e9ception, l&#8217;utilisation de la loi naturelle par opposition \u00e0 une m\u00e9thode th\u00e9ologique plus personnaliste, la question des niveaux auxquels les d\u00e9cisions peuvent \u00eatre prises et le discernement moral exprim\u00e9, l&#8217;utilisation de la synodalit\u00e9 comme instrument crucial dans le discernement moral et dans la r\u00e9ception de l&#8217;enseignement du magist\u00e8re, et surtout la question de la conscience par rapport \u00e0 l&#8217;enseignement de la hi\u00e9rarchie et au respect de la tradition.<\/p>\n\n\n\n<p>Un discernement moral commun est-il possible dans nos \u00c9glises ? Lors de son approbation l\u2019an prochain, la d\u00e9claration ne r\u00e9pondra pas \u00e0 cette question, mais elle soulignera trois points clairs.<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8rement, il ne fait aucun doute que nos traditions re\u00e7ues de discernement moral ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es \u00e0 des questions par rapport auxquelles elles \u00e9taient aveugles, comme au cours des si\u00e8cles o\u00f9 le racisme et l&#8217;esclavage ont \u00e9t\u00e9 tol\u00e9r\u00e9s, voire approuv\u00e9s. De plus, certaines questions se sont av\u00e9r\u00e9es tr\u00e8s difficiles lorsque le monde moderne a soulev\u00e9 des questions d&#8217;autonomie personnelle, d&#8217;identit\u00e9 et de vocation \u00e0 la saintet\u00e9 qui doivent toujours marquer la vie chr\u00e9tienne. L&#8217;attention accord\u00e9e dans cet expos\u00e9 aux discussions sur le mariage, la procr\u00e9ation, le divorce et les relations entre personnes de m\u00eame sexe, montre clairement que la r\u00e9vision des positions pr\u00e9c\u00e9demment adopt\u00e9es suscite beaucoup d&#8217;amertume et de conflits au sein de chaque \u00c9glise, sans parler des divisions entre d\u00e9nominations.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Deuxi\u00e8mement, la r\u00e9ponse \u00e0 la question du discernement moral commun doit impliquer d&#8217;apprendre les uns des autres \u00e0 partir de nos traditions et de notre vie commune, car ce n&#8217;est qu&#8217;en \u2018cheminant ensemble\u2019, pour citer le titre du rapport de l&#8217;ARCIC de 2018, que les chr\u00e9tiens peuvent apprendre \u00e0 discerner l&#8217;esprit du Christ dans la complexit\u00e9 du monde moderne.<\/p>\n\n\n\n<p>Troisi\u00e8mement, la croissance de l&#8217;apprentissage synodal dans nos deux communaut\u00e9s fournit les moyens d&#8217;apprendre les uns des autres, car les divisions entre chr\u00e9tiens n&#8217;existent pas seulement entre nos deux communaut\u00e9s, mais aussi au sein de chacune d&#8217;elles. Cet apprentissage synodal permet d&#8217;\u00e9couter et d&#8217;accompagner patiemment afin qu\u2019avec l&#8217;aide de l&#8217;Esprit, nous puissions apprendre \u00e0 trouver un chemin au sein de nos divisions.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;exp\u00e9rience synodale r\u00e9cente de l&#8217;\u00c9glise catholique est porteuse d\u2019esp\u00e9rance, comme alternative aux d\u00e9bats parfois conflictuels des anglicans. Cependant, la mani\u00e8re patiente avec laquelle ma propre \u00c9glise, l&#8217;\u00c9glise anglicane au Pays de Galles, a organis\u00e9 au niveau paroissial et dioc\u00e9sain, ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es, des r\u00e9unions ouvertes \u00e0 tous, pour envisager ensuite (apr\u00e8s m\u00fbre r\u00e9flexion des \u00e9v\u00eaques), la possibilit\u00e9 de pr\u00e9senter une r\u00e9solution au Synode provincial en vue d\u2019un vote d\u00e9lib\u00e9ratif sur le mariage homosexuel dans l&#8217;\u00c9glise, est \u00e9galement un processus inclusif, respectueux et patient. Quelle que soit l&#8217;opinion de chacun sur la question de savoir si le mariage entre personnes de m\u00eame sexe est admissible au sein des \u00c9glises, le processus lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 exemplaire, marqu\u00e9 par beaucoup de courtoisie et d&#8217;\u00e9coute aux niveaux paroissial, dioc\u00e9sain et provincial. Ce mod\u00e8le de discernement moral partag\u00e9, tout comme l&#8217;\u00e9coute synodale tr\u00e8s diff\u00e9rente \u00e0 Rome de 2022 \u00e0 2024, doit \u00eatre la voie \u00e0 suivre pour les \u00c9glises lorsqu&#8217;elles sont confront\u00e9es \u00e0 des questions de discernement moral et cherchent ainsi \u00e0 conna\u00eetre \u2018l&#8217;esprit du Christ\u2019.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Ann Sumner Holmes, <em>The Church of England, and Divorce in the Twentieth Century: Legalism and Grace <\/em>(London: Routledge, 2017), 74-79. La princesse Margaret a pris sa d\u00e9cision sans subir aucune pression de la part de l&#8217;archev\u00eaque.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a><em>&nbsp; The Malta Report of the Anglican-Roman Catholic Joint Preparatory Commission <\/em>(1968), \u00a7 14.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/iarccum.org\/doc\/1\/\">ARCJPC 15 ~ Anglican-Roman Catholic Joint Preparatory Commission, The Malta Report ~ IARCCUM.org<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a><em> <\/em><em>Malta Report, <\/em>\u00a7 16.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a><em> <\/em><em>Malta Report, <\/em>\u00a7 23.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a><em> <\/em><em>Anglican-Roman Catholic Commission on the Theology of Marriage and its Application to Mixed Marriages<\/em><em> &nbsp;<\/em>\u00a7 29. <a href=\"https:\/\/iarccum.org\/archive\/ARCCM\/ARCCM-33B.pdf\">https:\/\/iarccum.org\/archive\/ARCCM\/ARCCM-33B.pdf<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Ceci est g\u00e9n\u00e9ralement traduit par \u2018faire tout ce qui est en son pouvoir\u2019.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a><a><em>&nbsp; Anglican-Roman Catholic Commission on the Theology of Marriage and its Application to Mixed Marriages <\/em><\/a>(1975), \u00a7 59.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Ibid., \u00a7 7.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Ibid., \u00a7 43.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Ibid., \u00a7 39.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Ibid., \u00a7 44.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Ibid., \u00a7 55.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Ibid., \u00a7 54.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Charlotte Methuen, \u2018The Lambeth Conference, Gender and Sexuality\u2019, <em>Theology<\/em> 123-2, mars-avril 2020, 84-94 ; Peter Sedgwick, \u2018The Lambeth Conference on Contraception 1908-1968\u2019, <em>Theology<\/em> 123-2, mars-avril 2020, 95-103, et le site web de la Communion anglicane sur les r\u00e9solutions de la Conf\u00e9rence de Lambeth, <a href=\"http:\/\/www.anglicancommunion.org\/structures\">www.anglicancommunion.org\/structures<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Le rapport de la Commission sur la doctrine chr\u00e9tienne du mariage, <em>Marriage, Divorce, and the Church, (<\/em>London : SPCK, 1971).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Ibid., \u00a7 139, p. 70.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> Holmes, <em>The Church of England and Divorce, <\/em><em>p<\/em>. 140.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> Ibid. p. 147.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> Ibid., p. 163.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> Mike Higton, \u2018Marriage, Gender and Doctrine\u2019, dans <em>Thinking Again About Marriage, <\/em>ed. John Bradbury et Susannah Cornwell (London: SCM, 2016), 14-28.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a><em> Lumen Gentium <\/em>\u00a7 11.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> Ibid., \u00a7 35.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a><em> Familiaris Consortio <\/em>\u00a7 21, se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 <em>Lumen Gentium <\/em>\u00a7 11 et <em>Apostolicam Actuositam <\/em>\u00a7 11.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a><em> Lumen Gentium, <\/em>\u00a7 31.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a><em> Apostolicam Actuositatem, <\/em>\u00a7 11.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a><em> Casti Connubii, <\/em>\u00a7\u00a7 9 et 37.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a><em>&nbsp; Gaudium et Spes<\/em>, \u00a7\u00a7 47-52.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a><em> Familiaris Consortio, <\/em>\u00a7\u00a7 5 et 59.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\">[29]<\/a><a> Ibid., \u00a7\u00a7 51-63.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\">[30]<\/a> Ibid., \u00a7 29, qui cite <em>Humanae Vitae <\/em>\u00a7 11, o\u00f9 \u2018le respect des normes du droit naturel\u2019 est primordial.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\">[31]<\/a> Ibid., \u00a7 31.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\">[32]<\/a> Ibid., \u00a7 32.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\">[33]<\/a> Gerald O\u2019Collins, SJ, \u2018The Joy of Love (<em>Amoris Laetitia):<\/em> The Papal Exhortation in Its Context\u2019, <em>Theological Studies,<\/em> 2016, vol. 77(4) 905-921.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\">[34]<\/a><em> Amoris Laetitia, <\/em>\u00a7\u00a7 78 et 305, note 281 : \u2018dans certains cas, cela peut inclure l&#8217;aide des sacrements\u2019.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref35\" id=\"_ftn35\">[35]<\/a> David Elliot, \u2018Irregular Unions and Moral Growth in <em>Amoris Laetitia\u2019<\/em>, <em>Journal of Moral Theology, <\/em>vol. 8, num\u00e9ro sp\u00e9cial n\u00b0 2 (2019): 31-59.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref36\" id=\"_ftn36\">[36]<\/a><em> Amoris Laetitia, <\/em>\u00a7 251.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref37\" id=\"_ftn37\">[37]<\/a> Ibid., \u00a7 286.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref38\" id=\"_ftn38\">[38]<\/a> Ibid., \u00a7 303 et <em>Familiaris Consortio, <\/em>\u00a7\u00a7 20 et 34. Elliot, \u00ab Irregular Unions \u00bb, p. 42.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref39\" id=\"_ftn39\">[39]<\/a><em> Amoris Laetitia, <\/em>\u00a7 120. O\u2019Collins, SJ, \u2018The Joy of Love (<em>Amoris Laetitia)\u2019<\/em> ; Conor M Kelly, \u2018The Role of the Moral Theologian in the Church: A Proposal in Light of <em>Amoris Laetitia\u2019, Theological Studies<\/em> 2016, vol. 77(4) 922\u2013948 ; Nicholas Austin S.J., \u2018Moral Theology as Servant of Discernment: Reflecting on the Call of <em>Amoris Laetitia\u2019<\/em>, <em>Gregorianum, <\/em>vol. 99, n\u00b0 4 (2018), 739-758.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref40\" id=\"_ftn40\">[40]<\/a><em> Fiducia Supplicans, <\/em>Pr\u00e9sentation introductive.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref41\" id=\"_ftn41\">[41]<\/a> Ibid. \u00a7 11.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref42\" id=\"_ftn42\">[42]<\/a> Ibid., \u00a7 31.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref43\" id=\"_ftn43\">[43]<\/a> Ibid., \u00a7 38. Comparez cela avec la Congr\u00e9gation pour la doctrine de la foi, <em>Persona Humana : D\u00e9claration sur certaines questions d&#8217;\u00e9thique sexuelle,<\/em> 29 d\u00e9cembre 1975, vol. VIII, \u2018les actes homosexuels sont intrins\u00e8quement d\u00e9sordonn\u00e9s et ne peuvent en aucun cas recevoir quelque approbation\u2019.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref44\" id=\"_ftn44\">[44]<\/a> Alain Thomasset, \u2018<em>Fiducia supplicans : <\/em>quelle nouveaut\u00e9 dans l\u2019approche doctrinale et pastorale sur l&#8217;homosexualit\u00e9 ?\u2019, <em>Revue d&#8217;\u00e9thique et de th\u00e9ologie morale <\/em>\/ <a href=\"https:\/\/shs-cairn-info.cardiff.idm.oclc.org\/revue-revue-dethique-et-de-theologie-morale-2025-3?lang=fr\"><em>Review of Ethics and Moral Theology<\/em> 2025\/3 n\u00b0 328,<\/a> 71-84, citation \u00e0 la p. 72 (traduction anglaise).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref45\" id=\"_ftn45\">[45]<\/a> Ibid., p. 83.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref46\" id=\"_ftn46\">[46]<\/a> Xavier Montecel \u2018What <em>\u2018Fiducia Supplicans\u2019 <\/em>has Changed\u2019, <em>Commonweal, <\/em>avril 2024, 11-13.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref47\" id=\"_ftn47\">[47]<\/a><em> Life in Christ, <\/em>\u00a7 44.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref48\" id=\"_ftn48\">[48]<\/a> Ibid., \u00a7 63.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref49\" id=\"_ftn49\">[49]<\/a> Ibid., \u00a7 77.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref50\" id=\"_ftn50\">[50]<\/a> Ibid., \u00a7\u00a7 81-82.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref51\" id=\"_ftn51\">[51]<\/a> Ibid., \u00a7 104.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref52\" id=\"_ftn52\">[52]<\/a><a href=\"https:\/\/www.christianunity.va\/content\/unitacristiani\/en\/dialoghi\/sezione-occidentale\/comunione-anglicana\/dialogo\/arcic-ii\/1994-life-in-christ--commentary-by-.html\"> https:\/\/www.christianunity.va\/content\/unitacristiani\/en\/dialoghi\/sezione-occidentale\/comunione-anglicana\/dialogo\/arcic-ii\/1994-life-in-christ&#8211;commentary-by-.html<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref53\" id=\"_ftn53\">[53]<\/a><em> Veritatis Splendor, <\/em>\u00a7 13.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref54\" id=\"_ftn54\">[54]<\/a> Ibid., \u00a7\u00a7 80-81.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref55\" id=\"_ftn55\">[55]<\/a><em> Amoris Laetitia, <\/em>\u00a7 68 et 82.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref56\" id=\"_ftn56\">[56]<\/a><a href=\"https:\/\/iarccum.org\/org\/36\/\"> https:\/\/iarccum.org\/org\/36\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref57\" id=\"_ftn57\">[57]<\/a><em> Walking Together, <\/em>\u00a7 10.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref58\" id=\"_ftn58\">[58]<\/a> Ibid., \u00a7 11.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref59\" id=\"_ftn59\">[59]<\/a> Ibid., \u00a7 14.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref60\" id=\"_ftn60\">[60]<\/a> Ibid., \u00a7 15.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref61\" id=\"_ftn61\">[61]<\/a> Paul D Murray, <em>Receptive Ecumenism, and the Call to Catholic Learning: Exploring a Way for Contemporary Ecumenism <\/em><a>(Oxford: Oxford University Press, 2008).<\/a> Paul D Murray, Gregory A Ryan, and Paul Lakeland (eds.), <em>Receptive Ecumenism as Transformative Ecclesial Learning: Walking the Way to a Church Re-formed <\/em><em>(<\/em>Oxford: Oxford University Press, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref62\" id=\"_ftn62\">[62]<\/a> Ibid. Usage of Terms, p. iii.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref63\" id=\"_ftn63\">[63]<\/a> Ibid., Pr\u00e9face, p. v.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref64\" id=\"_ftn64\">[64]<\/a><em> Walking Together, <\/em>\u00a7 18.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref65\" id=\"_ftn65\">[65]<\/a> Ibid., \u00a7 18, n. 4. et \u00a7 78.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref66\" id=\"_ftn66\">[66]<\/a> Ibid., \u00a7 153.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref67\" id=\"_ftn67\">[67]<\/a> Ibid., \u00a7 94.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref68\" id=\"_ftn68\">[68]<\/a> Ibid., \u00a7 94.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref69\" id=\"_ftn69\">[69]<\/a> Ibid., \u00a7 27.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref70\" id=\"_ftn70\">[70]<\/a> Ibid., \u00a7 77.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref71\" id=\"_ftn71\">[71]<\/a> Ibid., \u00a7 101.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref72\" id=\"_ftn72\">[72]<\/a> Ibid., avec une citation du \u00a7 3 <em>d&#8217;Amoris Laetitia <\/em>sur la diversit\u00e9 des cultures.<\/p>\n\n\n\n<p>xxx   xxx   xxx<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Contribution de la part de l\u2019Eglise orthodoxe\u00a0: Mme Johanna-Baptista Pelgrims.<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Penser ensemble, t\u00e9moigner ensemble : dialogue \u0153cum\u00e9nique et \u00e9thique de la vie<\/h2>\n\n\n\n<p>Chers participants,<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est un privil\u00e8ge de pouvoir r\u00e9fl\u00e9chir ensemble aujourd&#8217;hui \u00e0 l&#8217;une des questions les plus fondamentales et les plus controvers\u00e9es de la bio\u00e9thique contemporaine :&nbsp; le d\u00e9but de la vie humaine. Cette question n&#8217;est pas purement th\u00e9orique. Elle touche au c\u0153ur m\u00eame de notre humanit\u00e9, \u00e0 notre vision de la libert\u00e9, de la responsabilit\u00e9 et du&nbsp; sens de la vie elle-m\u00eame. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 les progr\u00e8s technologiques&nbsp; offrent des possibilit\u00e9s sans pr\u00e9c\u00e9dent, de la f\u00e9condation in vitro \u00e0 la recherche sur les cellules souches et \u00e0 la manipulation g\u00e9n\u00e9tique, nous sommes amen\u00e9s \u00e0 nous interroger \u00e0 nouveau : que signifie&nbsp; \u00eatre humain ? Et comment prot\u00e9ger la vie dans sa forme la plus vuln\u00e9rable ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ma r\u00e9flexion d&#8217;aujourd&#8217;hui d\u00e9coule de mes recherches universitaires sur le dialogue th\u00e9ologique international anglican-orthodoxe et l&#8217;\u00e9volution de ce&nbsp; dialogue depuis 2015. Dans mon m\u00e9moire de master, j&#8217;ai analys\u00e9 comment ce dialogue a connu un&nbsp; changement remarquable : d&#8217;une approche eccl\u00e9siologique, centr\u00e9e sur les structures eccl\u00e9siales et les sacrements, \u00e0 une approche anthropologique qui place l&#8217;\u00eatre humain en tant que personne au centre. Ce changement est crucial. Il permet de ne pas se limiter \u00e0 parler de r\u00e8gles et de structures, mais de l&#8217;\u00eatre humain en tant qu&#8217;hypostase unique, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l&#8217;image et \u00e0 la ressemblance de Dieu. La D\u00e9claration de Buffalo de 2015, intitul\u00e9e <em>In the Image and Likeness of God, <\/em>marque ce changement. Le document souligne que les questions \u00e9thiques ne peuvent \u00eatre r\u00e9solues sans une r\u00e9flexion approfondie sur ce que signifie \u00eatre une personne. La r\u00e9cente D\u00e9claration de Penteli de 2023 applique cette m\u00e9thode au d\u00e9bat sur la fin de vie et confirme que la m\u00eame base anthropologique est \u00e9galement pertinente pour le d\u00e9but de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi est-ce important ? Parce que la mani\u00e8re dont nous parlons du d\u00e9but de la vie n&#8217;est pas neutre. Elle refl\u00e8te des conceptions fondamentales de la libert\u00e9, de l&#8217;autonomie et de la relationnalit\u00e9. La bio\u00e9thique contemporaine est souvent domin\u00e9e par une approche fond\u00e9e sur des principes qui met l&#8217;accent sur l&#8217;autonomie, l&#8217;utilit\u00e9 et la justice. Cette vision, historiquement enracin\u00e9e dans la scolastique occidentale et s\u00e9cularis\u00e9e par la suite, peut conduire \u00e0 r\u00e9duire l&#8217;\u00eatre humain \u00e0 un objet biologique. Jean Boboc (\u2020), m\u00e9decin et pr\u00eatre orthodoxe, sp\u00e9cialis\u00e9 en bio\u00e9thique et&nbsp; en anthropologie th\u00e9ologique, a critiqu\u00e9 cette approche car elle risque de n\u00e9gliger les dimensions relationnelles et&nbsp; transcendantes de l&#8217;\u00eatre humain.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;\u00e9thique orthodoxe est ax\u00e9e sur la transformation, la communion,&nbsp; la th\u00e9osis, la divinisation de l&#8217;\u00eatre humain par sa participation \u00e0 la vie divine. Cette&nbsp; perspective n&#8217;est pas seulement pertinente sur le plan th\u00e9ologique, mais aussi sur le plan culturel et pastoral. Elle d\u00e9termine notre mani\u00e8re d&#8217;aborder la vuln\u00e9rabilit\u00e9, la souffrance et le caract\u00e8re sacr\u00e9 de la&nbsp; vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&#8217;hui, je voudrais explorer cette voie avec vous. Nous examinerons la&nbsp; signification sacramentelle du mariage, la saintet\u00e9 de la vie naissante, les&nbsp; racines historiques de cette conviction dans la Didach\u00e8, Barnab\u00e9 et les&nbsp; apologistes tels que Justin et Ath\u00e9nagoras. Nous verrons comment l&#8217;\u00c9glise orthodoxe&nbsp; aborde les d\u00e9fis bio\u00e9thiques concrets tels que la FIV et la recherche sur les cellules souches, et&nbsp; comment elle se positionne par rapport aux visions anglicane et catholique romaine. Enfin, nous&nbsp; r\u00e9fl\u00e9chirons \u00e0 ce que le dialogue \u0153cum\u00e9nique peut nous apprendre : non pas \u00e0 gommer les diff\u00e9rences , mais \u00e0 promouvoir ensemble une culture de la vie et de la communion.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9thique orthodoxe et th\u00e9osis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous parlons de bio\u00e9thique orthodoxe, nous devons commencer par son fondement : la vision de l&#8217;homme et de sa destin\u00e9e. L&#8217;\u00e9thique orthodoxe n&#8217;est pas un syst\u00e8me juridique ou une casuistique, mais une voie asc\u00e9tique et th\u00e9rapeutique, ax\u00e9e sur la transformation et la communaut\u00e9. Comme le souligne le m\u00e9tropolite Hierotheos de Nafpaktos : \u00ab Le but de l&#8217;\u00e9thique orthodoxe n&#8217;est pas de maximiser le bonheur, mais de vaincre la mort et de rencontrer le Dieu personnel \u00bb. Le but ultime de l&#8217;homme est <em>la th\u00e9osis, <\/em>la divinisation par la participation \u00e0 la vie divine.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet horizon eschatologique change tout. L&#8217;anthropologie orthodoxe ne consid\u00e8re pas l&#8217;homme comme un objet biologique, mais comme une personne cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l&#8217;image et \u00e0 la ressemblance de Dieu, appel\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9ternit\u00e9. Ce que nous sommes compte, mais ce que nous sommes appel\u00e9s \u00e0 devenir p\u00e8se infiniment plus lourd. Comme l&#8217;\u00e9crit Paul : \u00ab Nous savons que, lorsque notre tente terrestre sera d\u00e9truite, nous aurons un \u00e9difice de Dieu, une maison qui n&#8217;est pas faite de mains, \u00e9ternelle dans les cieux \u00bb (2 Co 5, 1). La grande erreur de beaucoup de bio\u00e9thique contemporaine est qu&#8217;elle cherche des r\u00e9ponses pour un \u00eatre humain qui va mourir, enferm\u00e9 dans les limites de la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle. L&#8217;\u00e9thique orthodoxe, en revanche, consid\u00e8re la vie biologique comme une chance unique d&#8217;immortalit\u00e9, une pr\u00e9paration \u00e0 la communion \u00e9ternelle avec Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce cadre, nous comprenons \u00e9galement pourquoi l&#8217;\u00e9thique orthodoxe est critique \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de l&#8217;absolutisation de l&#8217;autonomie, telle qu&#8217;elle appara\u00eet souvent dans la bio\u00e9thique moderne. En&nbsp; Occident, l&#8217;autonomie est \u00e9lev\u00e9e au rang de principe quasi sacro-saint : \u00ab My Body, My&nbsp; Choice \u00bb n&#8217;est pas seulement un slogan, mais l&#8217;expression d&#8217;une philosophie dans laquelle l&#8217;&nbsp; homme se prend lui-m\u00eame comme r\u00e9f\u00e9rence. Cette vision trouve ses racines dans le rationalisme&nbsp; de Kant et le dualisme de Descartes, qui r\u00e9duisait le corps \u00e0 une&nbsp; machine soumise \u00e0 la manipulation. La th\u00e9ologie orthodoxe rejette cette r\u00e9duction.&nbsp; Elle reconna\u00eet la libert\u00e9, mais pas comme une autod\u00e9termination illimit\u00e9e. Cette libert\u00e9 relationnelle est synergeia : la coop\u00e9ration avec la gr\u00e2ce de Dieu. C&#8217;est le libre choix d&#8217;accomplir la volont\u00e9 de Dieu dans l&#8217;amour et la communion. L&#8217;autonomie est un don, mais elle ne peut \u00eatre utilis\u00e9e pour d\u00e9truire une autre personne \u2013 une autre hypostase \u2013 comme c&#8217;est le cas dans l&#8217;avortement ou l&#8217;euthanasie.<\/p>\n\n\n\n<p>La tradition orthodoxe souligne que l&#8217;homme a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l&#8217;image de Dieu (imago)&nbsp; et appel\u00e9 \u00e0 sa ressemblance (similitudo). L&#8217;image fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 notre parent\u00e9 spirituelle&nbsp; avec Dieu, tandis que la ressemblance d\u00e9signe notre appel \u00e0 la perfection,&nbsp; qui commence dans cette vie et s&#8217;ach\u00e8ve dans la vie \u00e0 venir. Ce processus d&#8217;assimilation \u00e0 Dieu est au c\u0153ur de l&#8217;existence humaine. Comme l&#8217;\u00e9crit&nbsp; Andrew Louth : \u00ab Nous avons \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s avec une affinit\u00e9 pour Dieu qui nous permet de Lui ressembler, c&#8217;est le but de notre existence. \u00bb&nbsp; Ce cheminement de l&#8217;image \u00e0 la&nbsp; ressemblance n&#8217;est pas une \u00e9volution automatique, mais un choix libre et personnel. C&#8217;est l\u00e0 que r\u00e9side&nbsp; le paradoxe de la libert\u00e9 : elle est r\u00e9elle, mais pas neutre. Elle peut conduire \u00e0 la sanctification ou&nbsp; \u00e0 l&#8217;ali\u00e9nation. L&#8217;\u00e9thique orthodoxe respecte l&#8217;autonomie, mais refuse de&nbsp; l&#8217;absolutiser. Car la libert\u00e9 sans v\u00e9rit\u00e9 n&#8217;est pas la libert\u00e9, mais l&#8217;esclavage des&nbsp; passions.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela explique \u00e9galement pourquoi la bio\u00e9thique orthodoxe n&#8217;est pas paternaliste au sens d&#8217;une contrainte arbitraire, mais reconna\u00eet qu&#8217;il existe des limites aux choix individuels lorsque ces choix sapent la destin\u00e9e eschatologique de l&#8217;homme. Dans&nbsp; une culture o\u00f9 l&#8217;autonomie est isol\u00e9e de la communaut\u00e9 et de la transcendance,&nbsp; l&#8217;individualisme menace de prendre la place de la personne. Comme le fait remarquer Stelian Gombos : \u00ab Si l&#8217;individu est absolutis\u00e9, la communaut\u00e9 dispara\u00eet \u2013 et&nbsp; avec elle la soci\u00e9t\u00e9. \u00bb L&#8217;\u00e9thique orthodoxe est relationnelle : un \u00eatre humain ne devient&nbsp; v\u00e9ritablement une personne que dans une communaut\u00e9 d&#8217;amour, et non dans l&#8217;isolement de l&#8217;autod\u00e9termination.<\/p>\n\n\n\n<p>La vision orthodoxe de la bio\u00e9thique n&#8217;est donc pas une \u00e9thique de r\u00e8gles, mais une \u00e9thique&nbsp; de transfiguration. Elle ne demande pas : \u00ab Que puis-je faire ? \u00bb, mais \u00ab Comment puis-je vivre d&#8217;une&nbsp; mani\u00e8re qui serve ma vocation \u00e0 la th\u00e9osis ? \u00bb. Cela signifie que la science m\u00e9dicale et la&nbsp; technologie ne sont pas mauvaises en soi. Au contraire, la cr\u00e9ativit\u00e9 et la recherche sont des dons de Dieu, enracin\u00e9s dans notre cr\u00e9ation \u00e0 son image. Le d\u00e9sir humain de d\u00e9couvrir et de gu\u00e9rir est une expression de la cr\u00e9ativit\u00e9 divine. Mais&nbsp; ce don doit \u00eatre exerc\u00e9 avec discernement. Un progr\u00e8s technologique illimit\u00e9&nbsp; sans orientation spirituelle conduit \u00e0 des d\u00e9rives tragiques : la cr\u00e9ation&nbsp; d&#8217;embryons \u00e0 des fins exp\u00e9rimentales, la manipulation du mat\u00e9riel g\u00e9n\u00e9tique pour&nbsp; produire des \u00eatres humains \u00ab parfaits \u00bb ou le clonage d&#8217;\u00eatres humains. De telles&nbsp; pratiques r\u00e9duisent l&#8217;\u00eatre humain \u00e0 un objet et nient sa vocation unique.<\/p>\n\n\n\n<p>La bio\u00e9thique orthodoxe pose donc une question fondamentale : cette action sert-elle l&#8217;ensemble de la personne humaine \u2013 corps et \u00e2me \u2013 dans son p\u00e8lerinage vers le Royaume ? Si la r\u00e9ponse est non, alors l&#8217;action est non seulement contraire \u00e0 l&#8217;\u00e9thique, mais aussi tragique, aussi utile qu&#8217;elle puisse para\u00eetre pour la vie terrestre. La tradition orthodoxe&nbsp; promet que la plus grande valeur ne r\u00e9side pas dans ce que l&#8217;homme est, mais dans ce qu&#8217;il peut devenir : Dieu par la gr\u00e2ce. Toute d\u00e9cision m\u00e9dicale doit \u00eatre prise \u00e0 la lumi\u00e8re de cette&nbsp; promesse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le mariage et la sacramentalit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous parlons du d\u00e9but de la vie, nous ne pouvons ignorer&nbsp; le mariage. Dans la tradition orthodoxe, le mariage n&#8217;est pas seulement un contrat ou une&nbsp; convention sociale, mais une alliance sacramentelle, un myst\u00e8re qui refl\u00e8te la relation&nbsp; entre le Christ et l&#8217;\u00c9glise. Comme l&#8217;\u00e9crit Paul dans sa lettre aux&nbsp; \u00c9ph\u00e9siens : \u00ab C&#8217;est pourquoi l&#8217;homme quittera son p\u00e8re et sa m\u00e8re et s&#8217;attachera \u00e0&nbsp; sa femme, et les deux ne feront qu&#8217;un. Ce myst\u00e8re est grand ; je veux dire par rapport au Christ et \u00e0 l&#8217;\u00c9glise \u00bb (Ep 5, 31-32). Le mariage est donc une ic\u00f4ne de la&nbsp; communio, une image de l&#8217;amour que Dieu porte \u00e0 l&#8217;homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, la sexualit\u00e9 prend un sens profond. Elle n&#8217;est pas seulement une&nbsp; fonction biologique, mais un acte sacramentel, orient\u00e9 vers la communion et la&nbsp; sanctification. C&#8217;est un chemin vers le don mutuel de soi, dans lequel l&#8217;homme et la femme sont appel\u00e9s ensemble \u00e0 la saintet\u00e9. La conception d&#8217;une nouvelle vie n&#8217;est pas un \u00e9v\u00e9nement biologique isol\u00e9, mais le fruit de l&#8217;amour, ancr\u00e9 dans une relation b\u00e9nie par Dieu. C&#8217;est pourquoi l&#8217;\u00c9glise orthodoxe consid\u00e8re les techniques qui dissocient la conception de ce contexte, telles que la f\u00e9condation in vitro avec du sperme de donneur ou la maternit\u00e9 de substitution, comme une atteinte \u00e0 l&#8217;alliance du mariage. Le document de l&#8217;\u00c9glise orthodoxe grecque de 2007, <em>Basic&nbsp; Guidelines on the Ethics of Assisted Reproduction, <\/em>stipule explicitement que toute forme de \u00ab tiers \u00bb dans la&nbsp; procr\u00e9ation est contraire \u00e0 l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 sacramentelle du mariage. Le mariage est&nbsp; une communion exclusive de personnes, l&#8217;intrusion d&#8217;un facteur externe&nbsp; rompt cette unit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce point de vue n&#8217;est pas purement juridique, mais th\u00e9ologique. Le mariage est un sacrement&nbsp; car il ouvre l&#8217;amour humain \u00e0 l&#8217;amour divin. C&#8217;est un chemin vers&nbsp; la th\u00e9osis, dans lequel les partenaires s&#8217;aident mutuellement \u00e0 grandir dans la saintet\u00e9. L&#8217;\u00e9thique orthodoxe&nbsp; consid\u00e8re le mariage comme un espace th\u00e9rapeutique, dans lequel la gu\u00e9rison de l&#8217;\u00e9go\u00efsme se fait par le don de soi. Dans une culture qui glorifie l&#8217;autonomie,&nbsp; le mariage nous rappelle que la v\u00e9ritable libert\u00e9 ne r\u00e9side pas dans l&#8217;autod\u00e9termination illimit\u00e9e, mais dans l&#8217;abandon amoureux.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette perspective sacramentelle a des cons\u00e9quences directes sur les choix bio\u00e9thiques. Elle signifie que la procr\u00e9ation ne peut \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 un processus technique. La vie n&#8217;est pas un produit que l&#8217;on commande, mais un don que l&#8217;on re\u00e7oit. Lorsque la technologie dissocie la vie de l&#8217;amour et de la communaut\u00e9, elle risque d&#8217;\u00eatre r\u00e9duite \u00e0 un objet de manipulation. Les documents orthodoxes&nbsp; mettent donc en garde contre des pratiques telles que la cong\u00e9lation d&#8217;embryons, l&#8217;utilisation&nbsp; de gam\u00e8tes de donneurs et la maternit\u00e9 de substitution. Ces actes portent atteinte non seulement \u00e0 l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 du mariage, mais aussi \u00e0 la dignit\u00e9 de l&#8217;enfant, qui a droit&nbsp; \u00e0 une origine fond\u00e9e sur l&#8217;amour et l&#8217;unit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, l&#8217;approche orthodoxe n&#8217;est pas rigide. Elle reconna\u00eet le principe de l&#8217;oikonomia \u2013 l&#8217;\u00e9conomie pastorale \u2013 qui, dans des cas exceptionnels, permet un assouplissement afin d&#8217;\u00e9viter tout pr\u00e9judice spirituel. Mais ces exceptions confirment la r\u00e8gle : le mariage reste le cadre principal dans lequel une nouvelle vie est accueillie. Le&nbsp; caract\u00e8re sacramentel du mariage n&#8217;est pas accessoire, mais au c\u0153ur d&#8217;une&nbsp; vision dans laquelle la vie est consid\u00e9r\u00e9e comme un myst\u00e8re, et non comme un projet constructible.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mariage en tant que sacrement nous rappelle que la bio\u00e9thique ne peut \u00eatre dissoci\u00e9e de la spiritualit\u00e9. Il ne s&#8217;agit pas seulement de ce qui est techniquement possible, mais de ce qui a un sens humain et divin. Dans un monde qui parle souvent de droits et de choix, la tradition orthodoxe nous invite \u00e0 parler de vocation et de don.&nbsp; La vie n&#8217;est pas une revendication, mais un don. Le mariage est le lieu o\u00f9 ce&nbsp; don est re\u00e7u avec gratitude, dans une communion qui est \u00e0 l&#8217;image et \u00e0 la ressemblance&nbsp; de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La saintet\u00e9 de la vie naissante<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9but de la vie touche \u00e0 l&#8217;une des questions les plus fondamentales de l&#8217;anthropologie chr\u00e9tienne : quel est le statut de l&#8217;enfant \u00e0 na\u00eetre ? Pour la tradition orthodoxe, la r\u00e9ponse est claire : la vie commence d\u00e8s la conception. D\u00e8s&nbsp; le moment de la syngamie, le zygote n&#8217;est pas une \u00ab chose \u00bb, mais une \u00ab personne \u00bb, une&nbsp; r\u00e9alit\u00e9 personnelle unique, cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l&#8217;image de Dieu et appel\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9ternit\u00e9. Cette conviction est profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans l&#8217;\u00c9criture et la Tradition.<\/p>\n\n\n\n<p>La Bible en pose les fondements : \u00ab Avant que je t&#8217;aie form\u00e9 dans le ventre de ta m\u00e8re, je te connaissais \u00bb&nbsp; (J\u00e9r\u00e9mie 1:5) et \u00ab Tes yeux ont vu ma forme informe \u00bb (Psaume 139). Ces textes montrent&nbsp; que la relation de Dieu avec l&#8217;homme ne commence pas \u00e0 la naissance, mais au commencement cach\u00e9&nbsp; de la vie. L&#8217;Ancien Testament consid\u00e8re l&#8217;homme comme une unit\u00e9 d&#8217;\u00e2me et de corps ; le corps n&#8217;est pas une enveloppe fortuite, mais une partie int\u00e9grante de la personne. La destruction du corps signifie une atteinte \u00e0 la personne et donc une insulte au Cr\u00e9ateur.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;\u00c9glise orthodoxe a toujours conserv\u00e9 cette vision et parle d&#8217;animation imm\u00e9diate : l&#8217;\u00e2me et le corps naissent simultan\u00e9ment. L&#8217;\u00e9pig\u00e9n\u00e9tique moderne confirme cette intuition en soulignant l&#8217;identit\u00e9 unique qui existe d\u00e8s la premi\u00e8re division cellulaire. Comme l&#8217;affirme John Breck : \u00ab D\u00e9truire la vie embryonnaire, c&#8217;est d\u00e9truire une personne humaine. \u00bb&nbsp; L&#8217;embryon n&#8217;est pas un objet biologique, mais une personne en devenir, appel\u00e9e \u00e0&nbsp; la communion et \u00e0&nbsp; la th\u00e9osis.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette conviction a eu des cons\u00e9quences \u00e9thiques concr\u00e8tes d\u00e8s les premiers si\u00e8cles. La Didach\u00e8 place l&#8217;avortement et l&#8217;infanticide dans la m\u00eame cat\u00e9gorie morale : \u00ab Tu ne tueras pas un enfant par l&#8217;avortement, ni apr\u00e8s la naissance. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;\u00c9p\u00eetre de Barnab\u00e9 fonde cette interdiction sur les commandements de l&#8217;amour : \u00ab Aime ton prochain plus que&nbsp; ton \u00e2me. Tu ne tueras pas un enfant dans le sein de sa m\u00e8re, ni apr\u00e8s sa naissance. \u00bb Ici, l&#8217;enfant \u00e0 na\u00eetre est explicitement d\u00e9sign\u00e9 comme \u00ab prochain \u00bb. La Lettre&nbsp; \u00e0 Diogn\u00e8te y ajoute un argument social : les chr\u00e9tiens se distinguent&nbsp; par le fait qu&#8217;ils ne rejettent pas leurs enfants. Ces premi\u00e8res voix montrent que&nbsp; le respect de la vie d\u00e8s la conception fait partie de l&#8217;identit\u00e9 chr\u00e9tienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Les apologistes du IIe si\u00e8cle approfondissent cette vision. Justin le Martyr&nbsp; compare le d\u00e9veloppement de l&#8217;embryon \u00e0 la r\u00e9surrection : tout comme un \u00eatre humain na\u00eet d&#8217;une goutte de sperme, Dieu fera revivre le corps. Ath\u00e9nagoras&nbsp; d\u00e9finit explicitement l&#8217;embryon comme un \u00eatre vivant et un objet de la sollicitude de Dieu, et affirme&nbsp; que l&#8217;avortement est un crime dont on devra rendre compte. Pour&nbsp; lui, le respect de la vie \u00e0 na\u00eetre n&#8217;est pas seulement un devoir \u00e9thique, mais une&nbsp; cons\u00e9quence de la foi en la cr\u00e9ation et en la r\u00e9demption.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces sources ont en commun une intuition profonde : la vie naissante n&#8217;est pas un processus biologique que l&#8217;on peut manipuler \u00e0 volont\u00e9, mais un myst\u00e8re que l&#8217;on doit respecter. L&#8217;embryon est une ic\u00f4ne de l&#8217;amour cr\u00e9ateur de Dieu et porte d\u00e8s le premier instant une vocation d&#8217;\u00e9ternit\u00e9. La bio\u00e9thique orthodoxe&nbsp; n&#8217;y voit pas une question de pragmatisme, mais de spiritualit\u00e9 : la vie est un&nbsp; don, pas un produit ; une vocation, pas un projet.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette conviction a \u00e9galement des implications pastorales. Elle invite \u00e0 une culture de&nbsp; la protection, dans laquelle les plus vuln\u00e9rables, les enfants \u00e0 na\u00eetre, mais aussi les malades, les personnes \u00e2g\u00e9es&nbsp; et les pauvres, sont prot\u00e9g\u00e9s. Dans un monde qui glorifie l&#8217;autonomie, la&nbsp; tradition orthodoxe nous rappelle que la v\u00e9ritable libert\u00e9 ne r\u00e9side pas dans le droit de disposer&nbsp; de la vie et de la mort, mais dans le don de l&#8217;amour qui pr\u00e9serve la vie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Diversit\u00e9 au sein de l&#8217;\u00c9glise orthodoxe<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous parlons de bio\u00e9thique orthodoxe, nous devons comprendre que l&#8217;\u00c9glise orthodoxe ne conna\u00eet pas de structure centralis\u00e9e comme le catholicisme romain. Il n&#8217;existe pas de magist\u00e8re universel qui impose des normes contraignantes&nbsp; \u00e0 tous les croyants. Au contraire, le monde orthodoxe est constitu\u00e9&nbsp; d&#8217;\u00c9glises autoc\u00e9phales : grecque, russe, roumaine, serbe, bulgare et autres, qui&nbsp; prennent chacune leurs propres d\u00e9cisions synodales. Ce caract\u00e8re pluraliste a&nbsp; des cons\u00e9quences importantes pour les questions bio\u00e9thiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&#8217;y a donc pas de magist\u00e8re papal qui d\u00e9termine une ligne uniforme. Les d\u00e9cisions&nbsp; sont prises par les saints synodes au niveau local. Leurs documents ont&nbsp; autorit\u00e9 au sein de leurs \u00c9glises respectives, mais pas de mani\u00e8re universelle. Cela signifie qu&#8217;il&nbsp; y a place pour la variation, bien que la vision anthropologique sous-jacente soit partag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;\u00e9thique orthodoxe repose sur deux principes compl\u00e9mentaires qui aident \u00e0 comprendre cette diversit\u00e9 : l&#8217;acribia et l&#8217;oikonomia. L&#8217;acribia repr\u00e9sente l&#8217;application stricte de la norme, par exemple le rejet absolu de la destruction d&#8217;embryons. L&#8217;oikonomia, en revanche, est l&#8217;\u00e9conomie pastorale : dans des cas exceptionnels, un assouplissement peut \u00eatre autoris\u00e9 afin d&#8217;\u00e9viter un pr\u00e9judice spirituel. Cette tension entre la norme et la pastorale rend la bio\u00e9thique orthodoxe relationnelle et contextuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Des exemples de variation sont clairement visibles dans l&#8217;approche de la FIV. L&#8217;\u00c9glise orthodoxe grecque autorise la FIV sous des conditions strictes : pas de don de gam\u00e8tes, pas d&#8217;embryons surnum\u00e9raires, et toujours sous surveillance pastorale. L&#8217;\u00c9glise orthodoxe russe, en revanche, adopte une position de rejet de principe&nbsp; \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la FIV conventionnelle, mais ouvre prudemment la porte aux techniques qui&nbsp; ne causent pas la destruction d&#8217;embryons. Les \u00c9glises roumaine et serbe ont des directives moins d\u00e9taill\u00e9es et se r\u00e9f\u00e8rent souvent aux conf\u00e9rences panorthodoxes&nbsp; et \u00e0 la tradition patristique.<\/p>\n\n\n\n<p>Des efforts ont \u00e9t\u00e9 faits pour parvenir \u00e0 une harmonisation par le biais de conf\u00e9rences panorthodoxes, telles que celles de Rhodes (1964) et de Cr\u00e8te (2016), mais le consensus sur la bio\u00e9thique&nbsp; reste limit\u00e9. Cela souligne le fait que la bio\u00e9thique orthodoxe n&#8217;est pas uniforme, mais&nbsp; contextuelle et relationnelle. Elle est enracin\u00e9e dans une anthropologie commune, mais laisse&nbsp; place \u00e0 l&#8217;application pastorale et \u00e0 la sensibilit\u00e9 culturelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette diversit\u00e9 n&#8217;est pas une faiblesse, mais l&#8217;expression de la structure synodale de&nbsp; l&#8217;\u00c9glise orthodoxe. Elle montre que l&#8217;\u00e9thique n&#8217;est pas s\u00e9par\u00e9e de la communaut\u00e9 et de la tradition,&nbsp; mais qu&#8217;elle s&#8217;inscrit dans une pratique vivante du discernement. Le&nbsp; point de d\u00e9part commun reste toutefois in\u00e9branlable : le respect de la vie&nbsp; d\u00e8s la conception et une vision de la technologie m\u00e9dicale au service de la personne humaine dans son ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Position orthodoxe sur la FIV, les cellules souches et l&#8217;am\u00e9lioration humaine (&nbsp; human enhancement)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9decine moderne offre des possibilit\u00e9s sans pr\u00e9c\u00e9dent pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me de l&#8217;infertilit\u00e9. Des techniques telles que la f\u00e9condation in vitro (FIV) sont souvent pr\u00e9sent\u00e9es comme une b\u00e9n\u00e9diction pour les couples qui d\u00e9sirent un enfant. Cependant, l&#8217;\u00c9glise orthodoxe affirme que ces m\u00e9thodes ne sont pas neutres : elles touchent au c\u0153ur m\u00eame de l&#8217;existence humaine, au caract\u00e8re sacramentel du mariage et au caract\u00e8re sacr\u00e9 de la vie. Lorsque cet \u00e9v\u00e9nement est transf\u00e9r\u00e9 de la sph\u00e8re intime du mariage \u00e0 un laboratoire, sa signification change. Le myst\u00e8re&nbsp; de la conception sacr\u00e9e est remplac\u00e9 par un processus technique. Les parents ne sont&nbsp; pas ensemble, l&#8217;enfant est \u00ab produit \u00bb par des actes m\u00e9dicaux. Parfois, le mat\u00e9riel g\u00e9n\u00e9tique provient m\u00eame d&#8217;un tiers, ce qui porte atteinte \u00e0 l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 du mariage .<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;\u00c9glise souligne quatre probl\u00e8mes fondamentaux. Premi\u00e8rement, il y a la conception asexu\u00e9e&nbsp;:&nbsp; le caract\u00e8re sacramentel du mariage est compromis lorsque la procr\u00e9ation est dissoci\u00e9e de l&#8217;union physique et spirituelle des \u00e9poux.&nbsp; Deuxi\u00e8mement, il y a la cr\u00e9ation d&#8217;embryons surnum\u00e9raires. La FIV conduit souvent \u00e0 la cr\u00e9ation de plusieurs embryons, dont certains sont congel\u00e9s ou d\u00e9truits. L&#8217;\u00c9glise rejette l&#8217;id\u00e9e d&#8217;\u00eatres humains \u00ab surnum\u00e9raires \u00bb. Chaque embryon porte l&#8217;image de Dieu et a droit \u00e0 la vie. Troisi\u00e8mement, il y a la s\u00e9lection et la manipulation g\u00e9n\u00e9tiques.&nbsp; Les tests pr\u00e9implantatoires peuvent conduire \u00e0 la s\u00e9lection des caract\u00e9ristiques souhait\u00e9es ou \u00e0 la destruction des embryons pr\u00e9sentant des anomalies. Cela ouvre la voie \u00e0 une mentalit\u00e9 eug\u00e9niste. Quatri\u00e8mement, il y a le don et la maternit\u00e9 de substitution. L&#8217;implication de tiers dans le processus de procr\u00e9ation perturbe l&#8217;ordre naturel et sacramentel de la famille et peut entra\u00eener des probl\u00e8mes sociaux et psychologiques complexes.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;\u00c9glise orthodoxe reconna\u00eet la profonde souffrance des couples qui ne peuvent pas avoir d&#8217;enfants . C&#8217;est pourquoi elle ne ferme pas compl\u00e8tement la porte, mais impose des conditions strictes. Dans l&#8217;esprit de l&#8217;\u00e9conomie pastorale (<em>oikonomia)<\/em>, une forme limit\u00e9e de FIV peut \u00eatre autoris\u00e9e. Les conditions sont les suivantes : uniquement avec les gam\u00e8tes des \u00e9poux, sans destruction ni cong\u00e9lation d&#8217;embryons, et sans don de tiers. Ces exceptions sont une expression de mis\u00e9ricorde, qui reste fid\u00e8le \u00e0 la vision sacramentelle de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre la FIV, l&#8217;\u00c9glise se montre \u00e9galement critique \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la recherche sur les cellules souches qui d\u00e9truit des embryons. L&#8217;utilisation de cellules souches adultes ou de cellules souches pluripotentes induites (iPSCs) est consid\u00e9r\u00e9e comme une voie l\u00e9gitime. L&#8217;id\u00e9e d&#8217;utiliser des embryons comme \u00ab mat\u00e9riel \u00bb pour des exp\u00e9riences ou comme source d&#8217;organes pour la transplantation est consid\u00e9r\u00e9e comme une grave atteinte \u00e0 la dignit\u00e9 humaine. La tradition orthodoxe nous rappelle que toute vie humaine est sacr\u00e9e d\u00e8s la&nbsp; conception et ne doit pas \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 un objet \u00e0 des fins utilitaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, l&#8217;\u00e9thique orthodoxe met en garde contre les pratiques visant \u00e0 \u00ab am\u00e9liorer \u00bb l&#8217;\u00eatre humain \u00e0 des fins non th\u00e9rapeutiques. La recherche d&#8217;un&nbsp; corps \u00ab parfait \u00bb ou d&#8217;une optimisation g\u00e9n\u00e9tique est consid\u00e9r\u00e9e comme de l&#8217;orgueil, une tentative&nbsp; de r\u00e9\u00e9crire l&#8217;ordre de la cr\u00e9ation. La bio\u00e9thique orthodoxe souligne que le but&nbsp; de la vie n&#8217;est pas la perfection biologique, mais la saintet\u00e9, la participation \u00e0 la vie de Dieu .<\/p>\n\n\n\n<p>Le message central de l&#8217;\u00c9glise orthodoxe est clair : elle n&#8217;est pas contre la science&nbsp; et rend gr\u00e2ce \u00e0 Dieu pour les progr\u00e8s m\u00e9dicaux qui servent la vie. Mais elle s&#8217;oppose&nbsp; \u00e0 toute technique qui r\u00e9duit la vie \u00e0 un objet de manipulation.&nbsp; La technologie ne doit jamais remplacer l&#8217;amour, la libert\u00e9 et la gr\u00e2ce sacramentelle . L&#8217;enfant n&#8217;est pas le produit de la volont\u00e9 humaine, mais un don de Dieu,&nbsp; appel\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comparaison \u0153cum\u00e9nique : orthodoxe, catholique, anglican<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous comparons l&#8217;approche \u00e9thique du d\u00e9but de la vie au sein des grandes traditions chr\u00e9tiennes, nous constatons \u00e0 la fois des convergences et des divergences. Les trois traditions orthodoxe, catholique romaine et anglicane partagent une conviction fondamentale : la&nbsp; vie humaine est un don de Dieu et m\u00e9rite d&#8217;\u00eatre prot\u00e9g\u00e9e d\u00e8s le premier&nbsp; instant de son existence. Elles diff\u00e8rent toutefois dans la mani\u00e8re dont elles appliquent cette conviction&nbsp; \u00e0 des questions bio\u00e9thiques concr\u00e8tes telles que la FIV, la recherche sur les cellules souches et les&nbsp; technologies de reproduction.<\/p>\n\n\n\n<p>La vision catholique romaine est ancr\u00e9e dans une anthropologie personnaliste selon laquelle&nbsp; l&#8217;enfant ne doit jamais \u00eatre un produit, mais toujours le fruit de l&#8217;amour dans le&nbsp; sacrement du mariage. Cette approche est coh\u00e9rente et claire, mais laisse peu de place \u00e0 la flexibilit\u00e9 pastorale.<\/p>\n\n\n\n<p>La tradition anglicane choisit une voie plus pragmatique. Elle reconna\u00eet la complexit\u00e9 morale de l&#8217;infertilit\u00e9 et autorise la FIV sous certaines conditions, \u00e0 condition qu&#8217;il y ait un accompagnement et une r\u00e9glementation ad\u00e9quats. Le don de gam\u00e8tes n&#8217;est pas exclu par principe&nbsp; et la cong\u00e9lation d&#8217;embryons est accept\u00e9e dans de nombreux contextes comme une&nbsp; n\u00e9cessit\u00e9 pratique. Cette approche refl\u00e8te une \u00e9thique fortement contextuelle&nbsp; dans laquelle la formation de la conscience individuelle joue un r\u00f4le important. Le discours anglican&nbsp; souligne souvent la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;une r\u00e9flexion approfondie et d&#8217;un accompagnement pastoral , mais manque parfois de la clart\u00e9 dogmatique pr\u00e9sente dans la doctrine catholique romaine .<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;\u00c9glise orthodoxe se situe entre ces deux approches, mais avec une&nbsp; accentuation qui lui est propre. Elle partage avec l&#8217;\u00c9glise catholique romaine la conviction que le mariage&nbsp; est un espace sacramentel dans lequel une nouvelle vie est re\u00e7ue, et que la conception&nbsp; en dehors de ce contexte est probl\u00e9matique. Son attitude est toutefois moins juridique et plus relationnelle. La bio\u00e9thique orthodoxe n&#8217;est pas un syst\u00e8me de r\u00e8gles abstraites, mais une voie asc\u00e9tique et th\u00e9rapeutique, ax\u00e9e sur la sanctification et la communion. Cela conduit \u00e0 l&#8217;application de <em>l&#8217;oikonomia, <\/em>qui permet, dans des cas exceptionnels, une utilisation limit\u00e9e des technologies de reproduction , \u00e0 condition que l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 du mariage et la dignit\u00e9 de la vie soient respect\u00e9es. Cela signifie que la FIV, comme mentionn\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, peut \u00eatre tol\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ces diff\u00e9rences, on constate une convergence remarquable dans l&#8217;anthropologie sous-jacente . Les trois traditions rejettent une vision utilitariste de la vie et soulignent que l&#8217;enfant n&#8217;est pas un droit ou un produit, mais un don. Elles mettent en garde&nbsp; contre les pratiques qui r\u00e9duisent la vie \u00e0 du mat\u00e9riel biologique ou qui subordonnent la personne humaine&nbsp; \u00e0 la logique technologique. Dans une culture o\u00f9 l&#8217;autonomie est souvent absolutis\u00e9e, ces traditions offrent une voix dissidente qui red\u00e9finit la libert\u00e9 comme une ouverture \u00e0 Dieu et \u00e0 l&#8217;autre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La bio\u00e9thique orthodoxe n&#8217;est pas un manuel technique, mais une vocation doxologique : la vie est un myst\u00e8re \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer, pas un probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9soudre.&nbsp; L&#8217;\u00c9glise doit continuer \u00e0 t\u00e9moigner de la saintet\u00e9 de la vie \u00e0 tous ses stades, \u00e0 contre-courant de l&#8217;utilitarisme et de l&#8217;autonomie.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre mission commune est claire : la vie humaine, de la conception \u00e0 l&#8217;ach\u00e8vement, m\u00e9rite protection et respect. Chaque personne est une ic\u00f4ne du Christ, appel\u00e9e \u00e0 la communion et \u00e0 la sanctification. Dans cette vocation, nous trouvons une base commune pour le dialogue et la coop\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>xxx   xxx   xxx<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Contribution de l\u2019Eglise protestante<\/strong>\u00a0<strong>: Madame Laurence Flachon<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Je vous remercie pour cette invitation et j\u2019aimerais commencer par deux remarques \u00e0 propos du titre de cette journ\u00e9e. Vous avez choisi le terme \u00ab&nbsp;couple&nbsp;\u00bb plut\u00f4t que celui du \u00ab&nbsp;mariage&nbsp;\u00bb. J\u2019interpr\u00e8te ce choix \u2013 \u00e0 tort ou \u00e0 raison&nbsp;!- comme une volont\u00e9 d\u2019aller au-del\u00e0 des formes institutionnelles et de prendre en compte, dans un souci \u00e0 la fois pastoral, th\u00e9ologique et \u00e9thique, les \u00e9volutions contemporaines du couple et de la famille.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma deuxi\u00e8me remarque pr\u00e9liminaire concerne la notion de \u00ab&nbsp;discernement moral commun&nbsp;\u00bb, que je lis comme une invitation \u00e0 un processus, une conversation commune qui, au fond, n\u2019a pas pour vocation de s\u2019arr\u00eater mais vise \u00e0 mettre en place une m\u00e9thode, des attitudes et des principes de discussion sur lesquels nous pouvons nous accorder.<\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019a \u00e9t\u00e9 demand\u00e9 de pr\u00e9senter une perspective protestante. Dans nos relations \u0153cum\u00e9niques, les autres \u00c9glises chr\u00e9tiennes sont souvent d\u00e9rout\u00e9es par la diversit\u00e9 de nos structures eccl\u00e9siales et de nos positions \u00e9thiques. Cette diversit\u00e9 est constitutive du protestantisme qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 partir du XVIe si\u00e8cle en fonction des fronti\u00e8res nationales. L\u2019introduction d\u2019une \u00ab&nbsp;autre forme de christianisme&nbsp;\u00bb en Occident ne s\u2019est pas fait sans heurt et la mani\u00e8re dont s\u2019est r\u00e9solu le dialogue entre politique et religion a eu un impact sur les \u00c9glises protestantes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aimerais faire deux commentaires \u00e0 ce sujet. Tout d\u2019abord, cette notion de pluralit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 et demeure v\u00e9cue et pens\u00e9e dans nos \u00c9glises de mani\u00e8re positive. G\u00e9rer la diversit\u00e9 -des positions et des structures &#8211; tout en gardant la communion eccl\u00e9siale &#8211; est un \u00ab&nbsp;ongoing process&nbsp;\u00bb pour les \u00c9glises protestantes. En outre, la conception de l\u2019unit\u00e9 eccl\u00e9siale en protestantisme se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019Evangile en tant que fondement commun. Comme le souligne l\u2019introduction de la Concorde de Leuenberg<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> \u00ab&nbsp;L&#8217;\u00c9glise a pour unique fondement J\u00e9sus-Christ, qui par la communication de son salut dans la pr\u00e9dication et les sacrements, la rassemble et l&#8217;envoie. C&#8217;est pourquoi, selon la conviction des R\u00e9formateurs, la condition n\u00e9cessaire et suffisante de la vraie unit\u00e9 de l&#8217;\u00c9glise est l&#8217;accord dans la pr\u00e9dication fid\u00e8le de l&#8217;Evangile et l&#8217;administration fid\u00e8le des sacrements&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8me chose, si nos \u00c9glises sont nationales, elles sont aussi en dialogue r\u00e9gulier entre elles. L\u2019un des lieux de ce dialogue est la \u00ab&nbsp;Communion d\u2019\u00c9glises protestantes en Europe&nbsp;\u00bb (CEPE) qui rassemblent 96 \u00c9glises luth\u00e9riennes, r\u00e9form\u00e9es, m\u00e9thodistes et unies de plus de trente pays d&#8217;Europe et d&#8217;Am\u00e9rique du Sud. La CEPE repr\u00e9sente ainsi environ 50 millions de protestants. La CEPE a organis\u00e9 une consultation de ses \u00e9glises membres en 2023 et le fruit de ce travail a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 2025 sous le titre \u00ab&nbsp;Gender-Sexuality-Marriage-Family \u00bb<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a> auquel je ferai r\u00e9f\u00e9rence dans cette communication.<\/p>\n\n\n\n<p>Dernier point, en lien avec le pr\u00e9c\u00e9dent, je pr\u00e9senterai, dans cette contribution, une perspective luth\u00e9ro-r\u00e9form\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Au commencement, le couple et son \u00e9panouissement<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9mergence de la R\u00e9forme a eu un certain nombre de cons\u00e9quences sur le sujet qui nous rassemble aujourd\u2019hui. Martin Luther, mais aussi Jean Calvin, refus\u00e8rent de consid\u00e9rer le mariage comme un sacrement<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a> et mirent l\u2019accent sur le couple en tant que lieu d\u2019\u00e9panouissement et d\u2019humanisation des partenaires. Ils valoris\u00e8rent ainsi la conjugalit\u00e9 -dont la sexualit\u00e9 est partie int\u00e9grante- et contribu\u00e8rent \u00e0 changer la mani\u00e8re dont la femme \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 du ton souvent pol\u00e9mique propre \u00e0 l\u2019\u00e9poque, on peut lire dans les \u00e9crits des R\u00e9formateurs un souci de mettre en avant \u00ab&nbsp;la libert\u00e9 que Christ a donn\u00e9e aux chr\u00e9tiens (qui) est au-dessus de toutes les lois humaines&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, une volont\u00e9 de mettre fin \u00e0 certaines hypocrisies mais aussi un souci \u00e0 la fois r\u00e9aliste et pastoral de prendre en compte l\u2019importance de la dimension d\u00e9sirante de la cr\u00e9ature humaine qui, dans la rencontre amoureuse avec un.e autre, exp\u00e9rimente quelque chose de l\u2019amour de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le puritanisme anglo-saxon des XVIIe et XVIIIe si\u00e8cle connu, non sans raison, pour le fort contr\u00f4le social qu\u2019il exerce sur la vie conjugale, d\u00e9veloppera pourtant l\u2019id\u00e9e que c\u2019est \u00e0 travers le mariage -et la famille- que les \u00e9poux peuvent vivre un v\u00e9ritable bonheur. Le mariage donne la possibilit\u00e9 de devenir r\u00e9ellement le partenaire de l\u2019autre, il r\u00e9alise donc l\u2019id\u00e9al de \u00ab&nbsp;co-humanit\u00e9&nbsp;\u00bb auquel sont promis l\u2019homme et la femme. Le mariage est \u00e9galement \u00ab&nbsp;le meilleur moyen d\u2019int\u00e9grer la force de la passion et du plaisir \u00e0 un projet constructif de vie&nbsp;\u00bb et&nbsp; le lieu o\u00f9 peut se r\u00e9aliser une v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;amiti\u00e9 entre l\u2019homme et la femme&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 partir de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se, et notamment des deux r\u00e9cits de cr\u00e9ation en Gen\u00e8se 1, 26-28 et Gen\u00e8se 2, 20-25, que va se construire une vision tr\u00e8s positive de la conjugalit\u00e9 o\u00f9 peut se comprendre l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 -avec ses dimensions de respect, de limite et de cr\u00e9ativit\u00e9 &#8211; non seulement avec le\/la partenaire, mais aussi avec Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Commentant Gen\u00e8se 1, 27 \u00ab&nbsp;Dieu cr\u00e9a les humains \u00e0 son image&nbsp;: il les cr\u00e9a \u00e0 l\u2019image de Dieu&nbsp;; homme et femme il les cr\u00e9a&nbsp;\u00bb, Martin Luther \u00e9crit&nbsp; (\u2026) \u00ab&nbsp;Dieu a partag\u00e9 les hommes en ces deux cat\u00e9gories et a voulu qu\u2019il y ait homme et femme, ou Il et Elle. Et cela lui a tellement plu qu\u2019il en a dit lui-m\u00eame que c\u2019\u00e9tait une bonne cr\u00e9ature. (\u2026) ces bonnes cr\u00e9atures, Dieu veut qu\u2019on les honore et ne les m\u00e9prise point, comme \u00e9tant son \u0153uvre divine, afin que l\u2019homme ne m\u00e9prise ni ne raille la constitution et les membres de la femme. Que la femme, de son c\u00f4t\u00e9, agisse de m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019homme, et que chacun honore la constitution et le corps de l\u2019autre comme une bonne \u0153uvre divine dans laquelle Dieu lui-m\u00eame trouve son bon plaisir.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le couple rel\u00e8ve, pour les r\u00e9formateurs, de l\u2019ordre de la cr\u00e9ation et la diff\u00e9rence est donn\u00e9e pour la relation. Tout au long de son histoire, le protestantisme t\u00e9moignera donc d\u2019une m\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du c\u00e9libat&nbsp;: \u00ab Dieu a voulu l\u2019homme sexu\u00e9 et c\u2019est m\u00e9priser sa volont\u00e9 que de consid\u00e9rer la sexualit\u00e9 comme une r\u00e9alit\u00e9 n\u00e9gligeable ou m\u00eame mauvaise. Ce qui est mauvais, ce n&#8217;est pas la sexualit\u00e9 mais la violence ou la convoitise, meurtri\u00e8re pour autrui, qu&#8217;elle peut exprimer. Le point de rupture n&#8217;est pas entre sexualit\u00e9 et chastet\u00e9, mais entre une sexualit\u00e9 de la convoitise et une sexualit\u00e9 de l&#8217;amour.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>A la suite des r\u00e9formateurs, l\u2019\u00e9thique protestante va consid\u00e9rer la valeur spirituelle de l\u2019intimit\u00e9<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a> et utiliser la cat\u00e9gorie biblique de l\u2019alliance pour parler du mariage. Vivre en couple est une vocation, un appel que Dieu adresse \u00e0 l\u2019homme et \u00e0 la femme pour d\u00e9couvrir et exp\u00e9rimenter la bont\u00e9 et la beaut\u00e9 de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Le but premier du mariage ne sera donc pas la procr\u00e9ation mais l\u2019exp\u00e9rience de la diff\u00e9rence, le tissage de la relation \u00e0 travers la qu\u00eate toujours renouvel\u00e9e de l\u2019autre qui demeure myst\u00e8re et source d\u2019\u00e9merveillement-ainsi qu\u2019en t\u00e9moigne, notamment, le Cantique des Cantiques.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9flexion sur le couple et la famille va mettre en avant&nbsp; la diff\u00e9rence entre le Premier Testament qui, en Gen\u00e8se 1, 27-28,&nbsp; lie la sexualit\u00e9 et la procr\u00e9ation et la reprise par J\u00e9sus de cette parole dans le Nouveau Testament (Matthieu 19, 4-6) qui rappelle que la promesse attach\u00e9e au couple humain se d\u00e9ploie \u00e0 travers le fait de \u00ab&nbsp;quitter&nbsp;\u00bb p\u00e8re et m\u00e8re, de \u00ab&nbsp;s\u2019attacher&nbsp;\u00bb \u00e0 sa femme, de \u00ab&nbsp;devenir&nbsp;une seule chair&nbsp;\u00bb mais n\u2019\u00e9voque pas la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019avoir des enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si ceux-ci demeurent une b\u00e9n\u00e9diction, l\u2019\u00e9thique protestante va souligner, d\u2019une part, que la f\u00e9condit\u00e9 du couple peut s\u2019exprimer de diff\u00e9rentes mani\u00e8res -notamment dans l\u2019engagement pour la justice en faveur des plus d\u00e9munis- et d\u2019autre part, contre un discours souvent stigmatisant vis-\u00e0-vis des femmes, que la st\u00e9rilit\u00e9 n\u2019est pas une mal\u00e9diction. Au XXe si\u00e8cle, Karl Barth \u00e9crit, par exemple, dans sa <em>Dogmatique<\/em><a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>&nbsp;:&nbsp; \u00ab&nbsp;La venue du Christ a tout chang\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;(\u2026) le Fils, dont tout d\u00e9pendait \u00e0 tous \u00e9gards, est enfin n\u00e9 et est devenu notre fr\u00e8re. (\u2026) Nous n\u2019avons plus \u00e0 attendre personne sinon Celui dont nous sommes certains qu\u2019il reviendra puisqu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 venu. La paternit\u00e9 et la maternit\u00e9 doivent \u00eatre comprises uniquement comme un cadeau, comme une dispensation libre et pour ainsi dire facultative de la bont\u00e9 de Dieu. \u00catre sans enfants ne saurait donc plus en aucun cas constituer une tare.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette discussion sur la parentalit\u00e9 est reprise aujourd\u2019hui dans un contexte diff\u00e9rent&nbsp;: certains couples choisissent de ne pas avoir d\u2019enfants -les raisons invoqu\u00e9es sont diverses mais prennent souvent en compte les peurs li\u00e9es au futur et \u00e0 l\u2019\u00e9tat de la plan\u00e8te- et d\u2019autres, en d\u00e9pit des avanc\u00e9es m\u00e9dicales, ne peuvent pas en avoir. Souffrance et sentiments de culpabilit\u00e9 demeurent bien pr\u00e9sents et n\u00e9cessitent un accueil et un accompagnement sp\u00e9cifiques.<\/p>\n\n\n\n<p>En valorisant la conjugalit\u00e9, en r\u00e9interpr\u00e9tant la notion de vocation et, par cons\u00e9quent, le rapport entre clercs et la\u00efcs, la R\u00e9forme va \u00e9galement initier un changement dans la mani\u00e8re dont les femmes sont consid\u00e9r\u00e9es. Si, dans le cadre du mariage,&nbsp; la femme reste subordonn\u00e9e \u00e0 son mari<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>, elle est avant tout la \u00ab&nbsp;compagne ins\u00e9parable de sa vie&nbsp;\u00bb comme l\u2019\u00e9crit Calvin, et est responsable, au m\u00eame titre que lui, de l\u2019\u00e9ducation des enfants car tous deux sont \u00ab&nbsp;d\u00e9positaires de l\u2019autorit\u00e9 de Dieu&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. Cette \u00e9ducation passe par la lecture de la Bible et son enseignement dans le cadre du foyer.<\/p>\n\n\n\n<p>Diff\u00e9rents mod\u00e8les de vie sont propos\u00e9es aux femmes protestantes. Celui de la Samaritaine qui exprime sa foi publiquement, hors du foyer<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, mais aussi celui de la femme vaillante de Proverbes 31, une femme qui respecte Dieu, une m\u00e8re qui s\u2019occupe de sa famille et g\u00e8re \u00e9galement les biens du m\u00e9nage. Elle travaille dur, vend les produits de son travail, investit et fait fructifier ses biens. Un autre mod\u00e8le est celui de la femme du pasteur qui est, avec lui, \u00e0 la t\u00eate de la famille pastorale qui se doit -c\u2019est l\u00e0 une pression sociale forte- d\u2019\u00eatre particuli\u00e8rement exemplaire. Elle seconde son \u00e9poux dans les t\u00e2ches pastorales -cat\u00e9chisme, visite des malades, organisations des r\u00e9unions de pri\u00e8res-,&nbsp; et endossera souvent un r\u00f4le de type diaconal. Au XXe et XXI \u00e8 si\u00e8cle \u00ab&nbsp;le mari de la pasteure&nbsp;\u00bb devra investir cette position selon ses charismes et, parfois, bouleversera quelques repr\u00e9sentation bien \u00e9tablies\u2026<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Enjeux contemporains\u00a0: genre et justice<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>J\u2019ai parl\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent du couple h\u00e9t\u00e9rosexuel et de la sexualit\u00e9 dans le cadre du mariage. Mais la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9volue et nos \u00c9glises sont appel\u00e9es \u00e0 prendre la parole sur ces changements parfois en les accompagnant, parfois en mettant en garde contre leur cons\u00e9quences, mais toujours en t\u00e9moignant de l\u2019\u00e9vangile de J\u00e9sus-Christ.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9ric Fuchs, \u00e9thicien protestant d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 2023, a marqu\u00e9 durablement la r\u00e9flexion \u00e9thique francophone en mati\u00e8re de couple notamment avec son ouvrage <em>Le d\u00e9sir et la tendresse, <\/em>r\u00e9cemment r\u00e9\u00e9dit\u00e9 chez Labor et Fides.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un article de 1995, o\u00f9 il regrette que le couple et la sexualit\u00e9 soient v\u00e9cus de plus en plus de mani\u00e8re utilitariste et individualiste, il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;si elle (l\u2019\u00e9thique protestante&nbsp;) veut demeurer fid\u00e8le \u00e0 l\u2019enseignement biblique, elle ne peut pas c\u00e9der sur deux points au moins&nbsp;: sur le respect d\u2019autrui comme condition \u00e9thique de toute relation, y compris sexuelle, et sur l\u2019importance de l\u2019inscription de l\u2019amour dans un projet assumant le temps et l\u2019espace.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a> Pour Fuchs, m\u00eame si les formes de conjugalit\u00e9 \u00e9voluent, la relation de couple, si elle veut \u00eatre fid\u00e8le \u00e0 l\u2019enseignement biblique, doit se vivre dans la fid\u00e9lit\u00e9, la libert\u00e9 et la conjugalit\u00e9<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. Fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 ce projet n\u00e9 d\u2019un double acquiescement&nbsp;: celui du couple comme&nbsp; \u00ab&nbsp;devenir&nbsp;\u00bb, une cr\u00e9ation continue port\u00e9e par l\u2019amour, la confiance et l\u2019esp\u00e9rance&nbsp;; libert\u00e9 telle que l\u2019\u00e9vangile en parle&nbsp;: celle d\u2019\u00eatre attentif aux besoins de l\u2019autre, celle d\u2019une lib\u00e9ration des potentialit\u00e9s de chacun comme des peurs qui asservissent&nbsp;; conjugalit\u00e9 au sens d\u2019une inscription dans l\u2019espace social qui permet au couple d\u2019\u00eatre reconnu en tant que tel et d\u2019assumer la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la fois intime et sociale de son engagement.<\/p>\n\n\n\n<p>La perspective que d\u00e9veloppe \u00c9ric Fuchs demeure largement pr\u00e9sente dans nos \u00c9glises. Mais les d\u00e9bats en mati\u00e8re d\u2019\u00e9thique conjugale et sexuelle se sont d\u00e9plac\u00e9s pour inclure les questions li\u00e9es au genre, \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9 et aux nouvelles formes de famille. Le document de la communion d\u2019\u00c9glises protestantes en Europe,&nbsp;cit\u00e9 au d\u00e9but de cette communication, en atteste.<\/p>\n\n\n\n<p>Le but de ce document n\u2019est pas de travailler \u00e0 une position commune et unique des \u00c9glises protestantes mais \u00e0 fournir des ressources<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a> pour mener une r\u00e9flexion th\u00e9ologique au sein des \u00c9glises et entre elles. Du point de vue de la m\u00e9thode, c\u2019est celle du \u00ab&nbsp;corridor protestant&nbsp;\u00bb qui est privil\u00e9gi\u00e9e. La m\u00e9taphore du corridor indique la volont\u00e9 d\u2019\u00e9viter \u00e0 la fois le l\u00e9galisme et le relativisme et de constituer un espace d\u00e9lib\u00e9ratif&nbsp; qui identifie diff\u00e9rentes positions protestantes possibles sur un sujet tant qu\u2019elles sont argument\u00e9es \u00e0 partir des principes de libert\u00e9, d\u2019amour, de respect et de justice.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce document souligne l\u2019importance du dialogue entre la th\u00e9ologie et les sciences humaines afin de comprendre les \u00e9volutions soci\u00e9tales en cours (diversit\u00e9 des formes de partenariat, familles \u00ab&nbsp;arc-en-ciel&nbsp;\u00bb\u2026). Il valorise l\u2019apport des th\u00e9ologies f\u00e9ministes, des \u00e9tudes genres (gender studies) &#8211; qui examinent les constructions socio-culturelles du masculin et du f\u00e9minin -, et des perspectives queer<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Ces derni\u00e8res interrogent les cat\u00e9gories binaires et h\u00e9t\u00e9ronormatives sur lesquelles se sont fond\u00e9es les th\u00e9ologies traditionnelles, relisent les textes bibliques \u00e0 partir, par exemple des personnes marginalis\u00e9es dans la Bible, s\u2019appuient sur l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue des personnes LGBTQI+ en tant qu\u2019elle est un espace o\u00f9 Dieu se r\u00e9v\u00e8le, et cherchent \u00e0 proposer une vision plus juste des relations entre \u00eatres humains en soci\u00e9t\u00e9. Faire voix aux th\u00e9ologies contextuelles et aux personnes concern\u00e9es est essentiel car nos \u00c9glises ont longtemps parl\u00e9 \u00ab&nbsp;sur&nbsp;\u00bb au lieu de &nbsp;parler \u00ab&nbsp;avec&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La question de la justice est tr\u00e8s pr\u00e9sente dans tout le document&nbsp;: entre homme et femme et vis-\u00e0-vis de personnes marginalis\u00e9es, notamment en raison de leur genre ou de leur choix de vie. Ce positionnement transcende les diff\u00e9rences eccl\u00e9siales&nbsp;: on le retrouve autant dans les \u00c9glises qui acceptent la b\u00e9n\u00e9diction des couples de m\u00eame sexe, que dans celles qui ne la pratiquent pas, ou bien dans celles qui, telle l\u2019\u00c9glise de Norv\u00e8ge, a consid\u00e9rablement \u00e9volu\u00e9 sur le sujet et dont la conf\u00e9rence \u00e9piscopale a publi\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es un d\u00e9claration qui reconna\u00eet \u00e0 la fois le pr\u00e9judice caus\u00e9 aux gays et aux lesbiennes par son attitude \u00e0 leur \u00e9gard et leur contribution positive \u00e0 la mission eccl\u00e9siale. M\u00eame l\u2019\u00c9glise protestante de Hongrie, qui refuse la b\u00e9n\u00e9diction des couples de m\u00eame sexe et continue de distinguer entre l\u2019orientation homosexuelle et le comportement homosexuel, qu\u2019elle qualifie de p\u00e9ch\u00e9, d\u00e9clare \u00ab&nbsp;qu\u2019Il est du devoir de l\u2019\u00c9glise de d\u00e9fendre les personnes homosexuelles contre toute forme de discrimination qui violent leur dignit\u00e9 humaine.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>La recherche de la justice passe par l\u2019\u00e9coute des personnes concern\u00e9es par les diff\u00e9rentes formes de violence et d\u2019abus. Ce qui suppose d\u2019\u00eatre attentifs \u00e0 la diversit\u00e9 des types de narratifs -car nous avons \u00e9galement des pr\u00e9jug\u00e9s sur \u00ab&nbsp;ce que doit \u00eatre&nbsp;\u00bb une victime-. A l\u2019\u00e9coute de l\u2019enseignement du Christ, nous devons nous demander sans cesse si nos comportements, notre langages, nos actes sont de ceux qui lib\u00e8rent, qui rel\u00e8vent, qui favorisent des relations justes et empreintes d\u2019<em>agape<\/em> ou si nous maintenons ou m\u00eame renfor\u00e7ons des pr\u00e9jug\u00e9s et des structures de domination ou d\u2019exclusion.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un des points essentiels sur le genre et la sexualit\u00e9 revient sur l\u2019interpr\u00e9tation de la diff\u00e9rence sexu\u00e9e dans les textes de la Gen\u00e8se&nbsp;: celle-ci doit-elle \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme normative avec pour cons\u00e9quence une conception binaire du genre et un soutien exclusif aux relations h\u00e9t\u00e9rosexuelles ou le texte met-il l\u2019accent sur la relation et l\u2019amour mutuel ind\u00e9pendamment du genre&nbsp;?<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a> Dans une perspective classique, la diff\u00e9rence sexuelle joue un r\u00f4le ordonnateur, son respect garantit l\u2019ordre du monde. Des perspectives plus contemporaines soulignent au contraire \u00ab&nbsp;que l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 s&#8217;exprime dans toutes les dimensions de l&#8217;existence humaine et que la polarit\u00e9 homme\/femme, m\u00eame si c&#8217;en est la forme la plus r\u00e9pandue, n&#8217;en est qu&#8217;un marqueur parmi d&#8217;autres.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\">[19]<\/a> Un autre texte d\u00e9terminant est celui de Galates 3,28&nbsp;qui pr\u00e9cise que gr\u00e2ce au bapt\u00eame \u00ab&nbsp;Il n&#8217;y a plus ni Juif ni Grec, il n&#8217;y a plus ni esclave ni libre, il n&#8217;y a plus ni homme ni femme; car tous vous \u00eates un en J\u00e9sus Christ.&nbsp;\u00bb Quelles sont les implications de la nouvelle cr\u00e9ation en termes de compr\u00e9hension du genre et de la sexualit\u00e9&nbsp;? <a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\">[20]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Selon la mani\u00e8re dont ces textes bibliques sont interpr\u00e9t\u00e9s, trois positions principales peuvent \u00eatre d\u00e9gag\u00e9es parmi les \u00c9glise protestantes. La premi\u00e8re maintient la polarit\u00e9 homme-femme, fond\u00e9e sur des caract\u00e9ristiques biologiques et permettant la procr\u00e9ation, comme fondamentale dans les relations humaines et consid\u00e8re l\u2019acceptation de l\u2019identit\u00e9 non-binaire \u00ab&nbsp;comme incompatible avec la conception protestante et chr\u00e9tienne de l\u2019\u00eatre humain cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019image de Dieu&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\">[21]<\/a> La deuxi\u00e8me comprend les textes de Gen\u00e8se comme d\u00e9crivant une structure binaire contingente o\u00f9 le fait d\u2019\u00eatre cr\u00e9e humain est premier et le fait d\u2019\u00eatre homme et femme second<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\">[22]<\/a>. La nouvelle existence en Christ remet en question le caract\u00e8re d\u00e9terminant de la classification homme-femme. Une troisi\u00e8me position interpr\u00e8te Gn1, 27 \u00ab&nbsp;comme d\u00e9crivant un continuum masculin-f\u00e9minin incluant tous les \u00eatres humains, plut\u00f4t que comme un texte concernant des cat\u00e9gories sp\u00e9cifiques d\u2019\u00eatres humains.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\">[23]<\/a> Chaque \u00eatre humain, ind\u00e9pendamment des questions li\u00e9es au genre, est au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une vie transform\u00e9e en J\u00e9sus-Christ. Dans leur questionnement sur ce que signifie \u00eatre \u00e0 l\u2019image de Dieu et sur les cons\u00e9quences de la nouvelle cr\u00e9ation en Christ, la deuxi\u00e8me et la troisi\u00e8me positions int\u00e8grent une perspective non-binaire et entrent ainsi en discussion avec l\u2019exp\u00e9rience des personnes transgenre.<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\">[24]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>A la lumi\u00e8re de ces diff\u00e9rentes r\u00e9flexions, on constate que le pluralisme, en protestantisme, n\u2019est pas un vain mot\u2026 Et m\u00eame si des interpr\u00e9tations peuvent surprendre ou interpeller elles demeurent ancr\u00e9es dans une anthropologie th\u00e9ologique relationnelle et une herm\u00e9neutique qui visent \u00e0 d\u00e9ployer la richesse du texte biblique en dialogue avec la tradition<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\">[25]<\/a>, la raison et l\u2019exp\u00e9rience. D\u2019un point de vue \u00e9thique et pastoral, il est essentiel de rejoindre nos contemporains tels qu\u2019ils sont, dans l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019ils font du couple, de l\u2019amour, de la famille &#8211; que celle-ci soit heureuse ou difficile &#8211; et dans la mani\u00e8re dont ils vivent une identit\u00e9 qui s\u2019\u00e9labore au fil de l\u2019existence.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Les formes de l\u2019amour et de l\u2019engagement ont \u00e9volu\u00e9&nbsp;: elles ne passent plus n\u00e9cessairement par le couple (polyamour), le couple choisit plus rarement de se marier, les familles se recomposent au gr\u00e9 des \u00e9tapes de l\u2019existence et leur structure se diversifie (famille \u00ab&nbsp;choisie&nbsp;\u00bb). Qu\u2019est-ce qu\u2019un couple, qu\u2019est-ce qu\u2019une famille&nbsp;? Ces \u00e9volutions r\u00e9centes et rapides des formes de \u00ab&nbsp;vivre ensemble&nbsp;\u00bb bousculent et interpellent nos \u00c9glises. Peut-\u00eatre pour le meilleur\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Plus qu\u2019\u00e0 une forme sp\u00e9cifique de couple ou de famille, nos \u00c9glises peuvent \u00eatre attentives \u00e0 ce qui s\u2019y vit, \u00e0 la qualit\u00e9 des relations qui s\u2019exp\u00e9rimentent&nbsp;: amour partag\u00e9, reconnaissance de l\u2019autre dans ses besoins et sp\u00e9cificit\u00e9s, \u00e9galit\u00e9 dans les relations, protection, fid\u00e9lit\u00e9 au projet d\u00e9fini ensemble\u2026 toutes choses qui n\u00e9cessitent une inscription dans l\u2019espace et le temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette importance du temps qui suppose aussi la pers\u00e9v\u00e9rance, est mise \u00e0 mal par le ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration analys\u00e9 par le sociologue Hartmut Rosa<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\">[26]<\/a> : le fait de vouloir faire toujours plus dans un temps limit\u00e9 pousse les individus \u00e0 optimiser leurs \u00e9changes et r\u00e9duit leur disponibilit\u00e9 pour des liens durables et authentiques. L\u2019acc\u00e9l\u00e9ration, y compris dans le domaine amoureux, engendre une pression \u00e0 la performance&nbsp; ainsi qu\u2019une logique de consommation et d\u2019instantan\u00e9it\u00e9 dans les relations. L\u2019autre est l\u00e0 pour r\u00e9pondre -rapidement- \u00e0 mes attentes, l\u2019amour et la sexualit\u00e9 doivent \u00eatre imm\u00e9diatement satisfaisants et constamment excitants. Une r\u00e9ponse possible \u00e0 l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration consiste \u00e0 \u00ab&nbsp;donner au temps sa valeur positive&nbsp;(\u2026). Contre le mythe de la passion amoureuse qui ne peut que dispara\u00eetre avec le temps, la perspective \u00e9thique d\u00e9fend la conviction que la fid\u00e9lit\u00e9 et la libert\u00e9 peuvent assurer \u00e0 la dur\u00e9e une valeur cr\u00e9atrice pour le couple.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\">[27]<\/a> Celles et ceux qui s\u2019engagent adossent leurs paroles \u00e0 la Parole de Dieu, conscients que son alliance et sa fid\u00e9lit\u00e9 les aideront \u00e0 tenir leur promesses. L\u2019amour n\u2019est-il pas cette capacit\u00e9 de voir l\u2019autre, de discerner dans cette alt\u00e9rit\u00e9 reconnue le lieu m\u00eame de la construction de la relation \u00e0 travers le langage&nbsp;? L\u2019autre, dans sa singularit\u00e9 demeure \u00e9nigme, il\/elle est donc sujet d\u2019une qu\u00eate joyeuse parce que jamais \u00e9teinte, une qu\u00eate renouvel\u00e9e par les mots qui la portent et l\u2019approfondissent. Merveille du corps parlant&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Ce document, sign\u00e9 le 16 mars 1973, est celui qui est \u00e0 la base de la CEPE.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> \u00ab&nbsp;Gender-Sexuality-Marriage-Family\u00bb Reflections on behalf of the Council of the Communion of Protestant Churches in Europe by Ulla Schmidt, Mariecke van den Berg, Thorsten Dietz, Neil Messer, Paola Schellenbaum, Evangelischer Presserverband in \u00d6sterreich, Vienna 2025.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Luther et Calvin ont poursuivi sur ce point la critique d\u2019\u00c9rasme qui portait sur trois points essentiels : le caract\u00e8re \u00ab&nbsp;r\u00e9cent&nbsp;\u00bb de cette conception (ignor\u00e9e par l\u2019\u00c9glise des premiers si\u00e8cles), la nature du sacrement et la question ex\u00e9g\u00e9tique de la traduction du mot \u00ab&nbsp;<em>mysterion&nbsp;<\/em>\u00bb. La question du contr\u00f4le \u00e9troit du mariage par l\u2019\u00c9glise et de l\u2019indissolubilit\u00e9 du sacrement posait \u00e9galement probl\u00e8me<em>. <\/em>Si l\u2019on d\u00e9finit la notion de sacrement comme un signe de la gr\u00e2ce de Dieu et qui la conf\u00e8re, comment, d\u2019une part, appliquer cette d\u00e9finition au mariage longtemps consid\u00e9r\u00e9 par l\u2019\u00c9glise comme un simple \u00ab&nbsp;rem\u00e8de \u00e0 la concupiscence&nbsp;\u00bb et, d\u2019autre part, int\u00e9grer le libre consentement des conjoints&nbsp;? Enfin, la Vulgate avait traduit le mot grec \u00ab&nbsp;<em>mysterion<\/em>&nbsp;\u00bb par le mot \u00ab&nbsp;<em>sacramentum<\/em>&nbsp;\u00bb dans un passage de l\u2019\u00e9p\u00eetre aux \u00c9ph\u00e9siens (5,32) dont on se servait pour parler du mariage. \u00c9rasme fit remarquer que le mot \u00ab&nbsp;myst\u00e8re&nbsp;\u00bb d\u00e9signait, dans le Nouveau Testament, non pas un sacrement mais une r\u00e9alit\u00e9 secr\u00e8te et cach\u00e9e concernant l\u2019\u0153uvre de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9ric Fuchs, <em>Le d\u00e9sir et la tendresse. Sources et histoire d\u2019une \u00e9thique chr\u00e9tienne de la sexualit\u00e9 et du mariage<\/em>, 4\u00e8 \u00e9dition, Gen\u00e8ve, Labor et Fides, 1982, p. 137.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Martin Luther, \u00ab&nbsp;De la captivit\u00e9 babylonienne de l\u2019\u00c9glise&nbsp;\u00bb,<em> \u0152uvres<\/em>, tome 2, Labor et Fides, Gen\u00e8ve, 1957, p. 237.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> \u00c9ric Fuchs, \u00ab&nbsp;Sexualit\u00e9&nbsp;\u00bb <em>in<\/em>&nbsp;: P. Gisel (dir.), <em>Encyclop\u00e9die du protestantisme<\/em>, Paris\/ Gen\u00e8ve, \u00c9ditions du Cerf\/ Labor et Fides, 1995, p. 1449-1450.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Martin Luther, \u00ab&nbsp;De la vie conjugale&nbsp;\u00bb,<em> \u0152uvres<\/em>, tome 3, Labor et Fides, Gen\u00e8ve, 1957, p. 225..<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> \u00c9ric Fuchs, <em>Le d\u00e9sir et la tendresse, op.cit. p. 157<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> \u00c9ric Fuchs, \u00ab&nbsp;Valeurs spirituelles de l\u2019intimit\u00e9. L\u2019int\u00e9riorit\u00e9 d\u00e9centr\u00e9e&nbsp;\u00bb, <em>Sexologies. Revue europ\u00e9enne de sexologie m\u00e9dicale<\/em> 1-5 (1992), p. 6-8.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Karl Barth, <em>Dogmatique<\/em>, vol III, t. 15, Gen\u00e8ve, Labor et Fides, 1960, p. 275<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> En ce qui concerne le divorce, les conjoints sont \u00e0 \u00e9galit\u00e9&nbsp;: l\u2019adult\u00e8re n\u2019est tol\u00e9r\u00e9 ni de la part du mari, ni de la part de la femme et celle-ci, dans certains cas, peut m\u00eame demander le divorce et se remarier. Marianne Carbonnier-Burkard et Francine Carillo, \u00ab&nbsp;Femme&nbsp;\u00bb, <em>in<\/em>&nbsp;: P. Gisel (dir.), <em>Encyclop\u00e9die du protestantisme<\/em>, Paris\/ Gen\u00e8ve, \u00c9ditions du Cerf\/ Labor et Fides, 1995, p. 572.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a><em>Ibidem<\/em>, p 585.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> <em>Ibidem<\/em>, p. 575. Ce mod\u00e8le de femme s\u2019est incarn\u00e9 \u00e0 travers l\u2019histoire sous la forme des martyres, ces femmes&nbsp; qui ont accept\u00e9 de p\u00e9rir pour leur foi ou des \u00ab&nbsp;pr\u00e9dicantes&nbsp;\u00bb celles qui, d\u00e8s la R\u00e9forme, s\u2019essay\u00e8rent \u00e0 pr\u00eacher publiquement, fortes du sacerdoce universel. Mais ce mouvement fut rapidement arr\u00eat\u00e9 par les responsables religieux.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> \u00c9ric Fuchs, \u00ab&nbsp;Sexualit\u00e9&nbsp;\u00bb <em>in<\/em>&nbsp;: P. Gisel (dir.), <em>Encyclop\u00e9die du protestantisme<\/em>, Paris\/ Gen\u00e8ve, \u00c9ditions du Cerf\/ Labor et Fides, 1995, p. 1454 et <em>Le d\u00e9sir et la tendresse<\/em>, <em>op. cit<\/em>. pp.175-187.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Ibidem, p. 1454-1455.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Ulla Schmidt <em>et al.<\/em>, <em>Gender &#8211; Sexuality &#8211; Marriage &#8211; Family. Reflections on behalf of the Council of Protestant Churches in Europe<\/em>, Vienna, Communion of Protestant Churches in Europe, General Assembly 2024 Sibiu, <a href=\"https:\/\/www.leuenberg.eu\/documents\/\">https:\/\/www.leuenberg.eu\/documents\/<\/a> p. 10<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> \u00ab&nbsp;La th\u00e9ologie queer (\u2026) consiste \u00e0 proposer des visions de transformations sociopolitique qui modifient les pratiques de distinction, pratiques pr\u00e9judiciables aux minorit\u00e9s sexuelles et de genre ainsi qu\u2019aux autres populations minoris\u00e9es&nbsp;\u00bb Linn Marie Tonstad, <em>Th\u00e9ologie queer<\/em>, Labor et Fides, 2022. Traduit de l\u2019anglais par Apolline Thomas, \u00e9dition originale <em>Queer Theology. <\/em><em>Beyond Apologetics<\/em>, 2018, Wipf and Stock Publishers.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> Ulla Schmidt <em>et al.<\/em>, <em>Gender &#8211; Sexuality &#8211; Marriage \u2013 Family, op. cit. p. 351<\/em><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> <em>Ibidem<\/em>, p. 17.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a>&nbsp; Yvan Bourquin, Joan Charras Sancho (\u00e9d), <em>L\u2019accueil radical. Ressources pour une \u00c9glise inclusive<\/em>, Labor et Fides, Gen\u00e8ve, 2015, p. 211.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> Ulla Schmidt <em>et al.<\/em>, <em>Gender &#8211; Sexuality &#8211; Marriage \u2013 Family, op. cit. p. 17.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> <em>Ibidem,<\/em> p. 19.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> <em>Ibidem,<\/em> p. 18.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> <em>Ibidem,<\/em> p. 19.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> Ce qui inclut les personnes qui s\u2019identifient comme femmes ou hommes mais qui sont n\u00e9es ou ont \u00e9t\u00e9 assign\u00e9es \u00e0 l\u2019autre sexe \u00e0 la naissance, les personnes qui ne s\u2019identifient ni comme femmes, ni comme homme, comme une combinaison des deux ou comme ayant une identit\u00e9 de genre fluide. Ulla Schmidt <em>et al.<\/em>, <em>Gender &#8211; Sexuality &#8211; Marriage \u2013 Family, op. cit. p 381.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> Ulla Schmidt <em>et al.<\/em>, <em>Gender &#8211; Sexuality &#8211; Marriage \u2013 Family, op. cit. p. 75-58. <\/em>La tradition doit \u00eatre comprise ici comme un t\u00e9moignage de la mani\u00e8re dont les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes ont compris et appliqu\u00e9 l\u2019\u00c9criture.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a> Hartmut Rosa, <em>Acc\u00e9l\u00e9ration : Une critique sociale du temps<\/em>, trad. Didier Renault (Paris : La D\u00e9couverte, 2010)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> \u00c9ric Fuchs, \u00ab&nbsp;Sexualit\u00e9&nbsp;\u00bb <em>in<\/em>&nbsp;: P. Gisel (dir.), <em>Encyclop\u00e9die du protestantisme<\/em>, <em>op. cit.<\/em> p. 1455.<\/p>\n\n\n\n<p>xxx   xxx   xxx<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Contribution de l\u2019Eglise catholique<\/strong>\u00a0: Professeur Nenad Polgar<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&#8217;\u00c9glise catholique et son \u00e9thique sexuelle sont-elles pr\u00eates au dialogue ? D\u00e9fis anciens et nouveaux.<\/h2>\n\n\n\n<p><em>D\u00e9fis li\u00e9s aux questions anthropologiques dans l&#8217;\u00e9thique sexuelle<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans son \u00e9tude bien connue, <em>Moral Theology in an Age of Renewal<\/em>, Paulinus Odozor remarque que d&#8217;importantes voix magist\u00e9rielles et th\u00e9ologiques ont qualifi\u00e9 l&#8217;\u00e9thique th\u00e9ologique catholique postconciliaire de \u00ab d\u00e9formante \u00bb (JP II) ou, plus s\u00e9v\u00e8rement, de \u00ab d\u00e9sert de relativisme moral \u00bb (Pinckaers) ou simplement de \u00ab morte \u00bb (McDonagh).<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> Dans la mesure o\u00f9 c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment le Concile Vatican II qui a initi\u00e9 le renouveau de l&#8217;\u00e9thique th\u00e9ologique, il n&#8217;est pas exag\u00e9r\u00e9 de pr\u00e9tendre que ces voix pourraient \u00e9galement exprimer, disons, des r\u00e9serves similaires \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des documents du concile qui ont suscit\u00e9 le renouveau de cette discipline.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une certaine mesure, ces caract\u00e9risations sont compr\u00e9hensibles, dans la mesure o\u00f9 l&#8217;\u00e9thique th\u00e9ologique postconciliaire pr\u00e9sente un niveau de pluralit\u00e9 et de diversit\u00e9 qui \u00e9tait difficilement imaginable avant le Concile. De plus, m\u00eame \u00e0 l&#8217;heure actuelle, soixante ans apr\u00e8s la cl\u00f4ture du Concile, il serait juste de dire que l&#8217;\u00e9thique th\u00e9ologique est toujours en qu\u00eate de son renouveau et de sa nouvelle identit\u00e9. Par exemple, lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de questions importantes telles que le fondement anthropologique sur lequel repose cette discipline, la ou les m\u00e9thodes qui lui conviennent, ses t\u00e2ches et ce qui la diff\u00e9rencie de l&#8217;\u00e9thique philosophique, il n&#8217;y a pratiquement pas de consensus g\u00e9n\u00e9ral parmi les \u00e9thiciens th\u00e9ologiques. C&#8217;est pourquoi, et j&#8217;insiste \u00e0 nouveau sur ce point, on peut comprendre dans une certaine mesure l&#8217;attrait que certains th\u00e9ologiens, et en particulier le magist\u00e8re, \u00e9prouvent pour le \u00ab bon vieux temps \u00bb d&#8217;une th\u00e9ologie morale monolithique et claire, qui pouvait fonder la certitude de ses jugements sur une tradition s\u00e9culaire et bien \u00e9tablie de manuels de morale.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette tradition, souvent d\u00e9crite comme contr\u00f4l\u00e9e par les s\u00e9minaires, ahistorique, non contextuelle, l\u00e9galiste, individualiste et centr\u00e9e sur le p\u00e9ch\u00e9, qui d\u00e9plaisait \u00e0 juste titre aux p\u00e8res conciliaires. Pour illustrer cela et montrer \u00e0 quel point la th\u00e9ologie morale pr\u00e9conciliaire est devenue hors de propos et autor\u00e9f\u00e9rentielle, Joseph Selling attire l&#8217;attention sur le fait qu&#8217;un manuel datant, par exemple, des ann\u00e9es 1850 est presque impossible \u00e0 distinguer d&#8217;un manuel publi\u00e9 dans les ann\u00e9es 1950. Et ce, malgr\u00e9 le fait que le monde et l&#8217;\u00c9glise catholique aient connu des changements monumentaux au cours de cette p\u00e9riode, en raison d&#8217;\u00e9v\u00e9nements tels que deux guerres mondiales, des progr\u00e8s scientifiques extraordinaires, la chute des \u00c9tats pontificaux, la crise de la modernit\u00e9, etc. Ainsi, lorsque l&#8217;on pourrait \u00eatre tent\u00e9 de d\u00e9sesp\u00e9rer de l&#8217;\u00e9tat actuel de l&#8217;\u00e9thique th\u00e9ologique ou de pleurer le \u00ab&nbsp;bon vieux temps \u00bb, il serait sage de se rappeler \u00e9galement ce que l&#8217;\u00e9vidente alternative implique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Souligner les lacunes d&#8217;une approche ne revient toutefois pas exactement \u00e0 approuver fermement son alternative, mais, au mieux, \u00e0 indiquer ce qui n&#8217;est plus possible. En d&#8217;autres termes, pour \u00e9tablir sa cr\u00e9dibilit\u00e9, l&#8217;\u00e9thique th\u00e9ologique contemporaine en g\u00e9n\u00e9ral, et l&#8217;\u00e9thique sexuelle en particulier, doit \u00eatre en mesure d&#8217;offrir davantage que ce qui pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab le moindre de deux maux \u00bb par rapport \u00e0 son alternative pr\u00e9conciliaire. Je crois que cette cr\u00e9dibilit\u00e9 de l&#8217;\u00e9thique th\u00e9ologique postconciliaire peut toutefois \u00eatre d\u00e9montr\u00e9e en consid\u00e9rant \u00e0 la fois son <em>eccl\u00e9sialit\u00e9 <\/em>et sa <em>pertinence contemporaine. <\/em>En ce qui concerne son eccl\u00e9sialit\u00e9, il ne fait aucun doute que l&#8217;\u00e9thique th\u00e9ologique contemporaine a suivi les recommandations du Concile pour devenir plus scientifique dans son exposition et se r\u00e9orienter, passant d&#8217;une fixation sur le p\u00e9ch\u00e9 \u00e0 une vision plus globale de la vie morale afin de pouvoir, comme le d\u00e9clare le d\u00e9cret <em>Optatam totius<\/em>, \u00ab mettre en lumi\u00e8re la noblesse de la vocation des fid\u00e8les dans le Christ \u00bb (OT 16). En outre, les \u00e9thiciens th\u00e9ologiques ont consacr\u00e9 des efforts consid\u00e9rables \u00e0 l&#8217;\u00e9tude approfondie du principe conciliaire de la personne humaine, consid\u00e9r\u00e9e de mani\u00e8re ad\u00e9quate et int\u00e9grale (GS 51, <em>Expensio modorum<\/em>, 104), afin de d\u00e9velopper leur discipline conform\u00e9ment \u00e0 ce principe central. \u00c0 mon avis, cela \u00e9tablit non seulement la cr\u00e9dibilit\u00e9 eccl\u00e9siale de l&#8217;\u00e9thique th\u00e9ologique contemporaine, mais cela a \u00e9galement des implications pour sa pertinence, dans la mesure o\u00f9 le principe de la personne humaine, consid\u00e9r\u00e9e de mani\u00e8re ad\u00e9quate et int\u00e9grale, donne une orientation et une cl\u00e9 herm\u00e9neutique \u00e0 cette discipline dans son approche des r\u00e9alit\u00e9s contemporaines qu&#8217;elle est cens\u00e9e aborder. En d&#8217;autres termes, c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment la th\u00e9ologie du Concile Vatican II, en particulier la constitution pastorale <em>Gaudium et spes<\/em>, qui porte un coup fatal \u00e0 la th\u00e9ologie morale pr\u00e9conciliaire et \u00e0 son indiff\u00e9rence envers la personne humaine, dont la prise en compte ad\u00e9quate et int\u00e9grale doit n\u00e9cessairement tenir compte du fait que la personne humaine vit \u00abdans le monde \u00bb. En m\u00eame temps, cette th\u00e9ologie conciliaire justifie le caract\u00e8re personnaliste de l&#8217;\u00e9thique th\u00e9ologique contemporaine qui, peut-\u00eatre pour la premi\u00e8re fois, lui a permis de reconna\u00eetre la complexit\u00e9 tant de la personne humaine que de la r\u00e9alit\u00e9 contemporaine, ce qui a finalement et in\u00e9vitablement conduit \u00e0 la pluralit\u00e9 et \u00e0 la diversit\u00e9 de la discipline.<\/p>\n\n\n\n<p>En termes d&#8217;\u00e9thique sexuelle, cette pluralit\u00e9 et cette diversit\u00e9, r\u00e9sultat d&#8217;une r\u00e9flexion s\u00e9rieuse sur la complexit\u00e9 de la personne humaine et de la r\u00e9alit\u00e9 contemporaine, ont permis de repenser des questions telles que la contraception, la cohabitation, la sexualit\u00e9 entre personnes du m\u00eame sexe, la masturbation, etc. dans la p\u00e9riode postconciliaire. \u00c9tant donn\u00e9 que l&#8217;\u00e9thique sexuelle est pr\u00e9cis\u00e9ment le domaine dans lequel la th\u00e9ologie morale pr\u00e9conciliaire a montr\u00e9 son visage le plus rigide sous la forme de normes mat\u00e9rielles absolues, il n&#8217;est peut-\u00eatre pas surprenant que la r\u00e9action la plus forte contre ce que l&#8217;\u00e9thique th\u00e9ologique postconciliaire a tent\u00e9 de faire soit venue de cet angle. Dans une s\u00e9rie de documents magist\u00e9riels, publi\u00e9s pendant tous les pontificats de la p\u00e9riode postconciliaire, tels que <em>Humanae vitae<\/em>, <em>Persona humana<\/em>, <em>Familiaris consortio<\/em>, <em>Homosexualitatis problema<\/em>, <em>Veritatis splendor<\/em>, et m\u00eame <em>Dignitas infinita<\/em> et <em>Fiducia supplicans<\/em>, l&#8217;invitation du Concile \u00e0 prendre au s\u00e9rieux la personne humaine, consid\u00e9r\u00e9e de mani\u00e8re ad\u00e9quate et int\u00e9grale, semble avoir \u00e9t\u00e9 mise de c\u00f4t\u00e9 au profit d&#8217;une approche plus traditionnelle fond\u00e9e sur une conception particuli\u00e8re de la loi naturelle. \u00c0 la lumi\u00e8re de cette \u00e9volution, l&#8217;\u00e9thique sexuelle contemporaine semble s&#8217;\u00eatre transform\u00e9e en un champ de bataille, non pas principalement des th\u00e9ologiens contre le magist\u00e8re, mais du magist\u00e8re contre le magist\u00e8re, c&#8217;est-\u00e0-dire de ce qu&#8217;enseigne le Concile contre ce que les pontificats suivants ont consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant au-del\u00e0 de tout doute et de toute critique dans ce domaine de l&#8217;\u00e9thique th\u00e9ologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ne citer que deux exemples. La d\u00e9claration <em>Persona humana<\/em> de 1975 reconna\u00eet que \u00ab la personne humaine est si profond\u00e9ment influenc\u00e9e par la sexualit\u00e9 qu&#8217;il faut la consid\u00e9rer comme l&#8217;un des facteurs qui donnent \u00e0 la vie de chaque individu les traits principaux qui la distinguent [&#8230;] et qui conditionnent ainsi largement son \u00e9volution vers la maturit\u00e9 et son insertion dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb (n\u00b0 1). N\u00e9anmoins, cette reconnaissance \u00e9tonnante n&#8217;incite pas le magist\u00e8re \u00e0 soulever la question de ses implications pour la doctrine officielle dans le domaine de la sexualit\u00e9, mais aboutit plut\u00f4t \u00e0 la conclusion qu&#8217;\u00ab il ne peut y avoir de v\u00e9ritable promotion de la dignit\u00e9 de l&#8217;homme si l&#8217;ordre essentiel de sa nature n&#8217;est pas respect\u00e9 \u00bb (n\u00b0 3). Cet \u00ab ordre essentiel \u00bb n&#8217;est, selon la d\u00e9claration, en aucune fa\u00e7on affect\u00e9 par la \u00ab contingence historique \u00bb et, par cons\u00e9quent, ni le magist\u00e8re ni les th\u00e9ologiens n&#8217;auraient de raison imp\u00e9rieuse de consulter les sciences ou d&#8217;approfondir les complexit\u00e9s des r\u00e9alit\u00e9s contemporaines. De m\u00eame, <em>Fiducia supplicans<\/em>, publi\u00e9 en 2023, exprime son accord avec la r\u00e9ponse de la Congr\u00e9gation pour la doctrine de la foi \u00e0 un <em>dubium<\/em> concernant la b\u00e9n\u00e9diction des unions entre personnes de m\u00eame sexe, publi\u00e9e en 2021, lorsqu&#8217;elle d\u00e9clare : \u00ab Lorsqu&#8217;une b\u00e9n\u00e9diction est invoqu\u00e9e sur certaines relations humaines par un rite liturgique sp\u00e9cial, il est n\u00e9cessaire que ce qui est b\u00e9ni corresponde aux desseins de Dieu inscrits dans la cr\u00e9ation et pleinement r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par le Christ Seigneur. \u00bb Cela semble sugg\u00e9rer la m\u00eame approche que celle d\u00e9j\u00e0 expos\u00e9e dans la d\u00e9claration <em>Persona humana<\/em>, selon laquelle certains aspects de la doctrine officielle sur des questions concr\u00e8tes li\u00e9es \u00e0 la sexualit\u00e9 sont au-del\u00e0 de tout doute concevable, puisqu&#8217;ils constituent \u00ab le dessein de Dieu inscrit dans la cr\u00e9ation \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette situation a conduit de nombreux th\u00e9ologiens \u00e9thiciens \u00e0 une sorte de d\u00e9sespoir. Ils se demandent si et, dans l&#8217;affirmative, comment l&#8217;\u00e9thique sexuelle peut progresser et offrir \u00e0 l&#8217;\u00c9glise une r\u00e9flexion opportune et n\u00e9cessaire, alors que cette discipline est constamment amen\u00e9e \u00e0 d\u00e9battre encore et encore des m\u00eames questions, en raison du d\u00e9saccord sur son r\u00f4le et sur la mani\u00e8re dont elle doit proc\u00e9der. Pour certains, ce d\u00e9saccord est si fondamental qu&#8217;ils n&#8217;h\u00e9sitent pas \u00e0 d\u00e9clarer que l&#8217;\u00e9thique sexuelle officielle est irr\u00e9cup\u00e9rable, comme l&#8217;indique le sous-titre du r\u00e9cent ouvrage d&#8217;un \u00e9thicien allemand bien connu, Christof Breitsameter : <em>Trust Love:<\/em> <em>A<\/em> <em>Farewell to Catholic Sexual Morality (Faites confiance \u00e0 l&#8217;amour: adieu \u00e0 la morale sexuelle catholique). <\/em>Pour d&#8217;autres, comme mon coll\u00e8gue Thomas Knieps, cela signale la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;un plaidoyer plus vigoureux en faveur d&#8217;un tournant personnaliste dans l&#8217;\u00e9thique sexuelle, qui ne peut plus \u00eatre \u00e9vit\u00e9 sans risquer un retour \u00e0 la non-pertinence caract\u00e9risant la derni\u00e8re phase de la th\u00e9ologie morale des manuels, mentionn\u00e9e plus haut. Cependant, malgr\u00e9 leurs grandes diff\u00e9rences, ces deux approches ont en commun leur insistance sur un autre crit\u00e8re propos\u00e9 par la constitution pastorale <em>Gaudium et spes<\/em>. Il s&#8217;agit de consid\u00e9rer ce que Todd Salzman et Michael Lawler appellent \u00ab la personne sexuelle \u00bb, comme toute autre r\u00e9alit\u00e9, \u00ab \u00e0 la lumi\u00e8re de l&#8217;\u00c9vangile et de l&#8217;exp\u00e9rience humaine \u00bb (GS 46) ; crit\u00e8re qui, d&#8217;ailleurs, semble \u00e9galement trouver un \u00e9cho dans l&#8217;exhortation apostolique <em>Amoris laetitia<\/em> du pape Fran\u00e7ois (voir, par exemple, les num\u00e9ros 305 et 311). Par cons\u00e9quent, le premier d\u00e9fi auquel est confront\u00e9e l&#8217;\u00e9thique sexuelle contemporaine, ainsi que l&#8217;ensemble de l&#8217;\u00c9glise catholique, est de savoir comment surmonter cette forte tentation de maintenir toute la discipline de l&#8217;\u00e9thique th\u00e9ologique, et en particulier l&#8217;\u00e9thique sexuelle, dans les limites de la th\u00e9ologie morale pr\u00e9conciliaire en termes d&#8217;anthropologie et d&#8217;approche g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p><em>D\u00e9fis li\u00e9s aux questions m\u00e9thodologiques en mati\u00e8re d&#8217;\u00e9thique sexuelle<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne les questions m\u00e9thodologiques plus sp\u00e9cifiques dans le domaine de l&#8217;\u00e9thique sexuelle, je voudrais esquisser bri\u00e8vement deux d\u00e9fis qui m\u00e9ritent la plus grande attention en raison de leur urgence. Le premier concerne une observation d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9e, \u00e0 savoir que les \u00e9thiciens travaillant dans ce domaine de leur discipline semblent avoir \u00e9t\u00e9 contraints de discuter en grande partie des m\u00eames questions encore et encore pendant toute la p\u00e9riode postconciliaire. Cette observation est assez curieuse si l&#8217;on consid\u00e8re le contexte d&#8217;un domaine de recherche th\u00e9ologique tr\u00e8s productif, qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 de nombreuses approches personnalistes de l&#8217;\u00e9thique sexuelle. En d&#8217;autres termes, il semble y avoir un \u00e9cart important entre, d&#8217;une part, les efforts consid\u00e9rables investis dans l&#8217;\u00e9laboration de descriptions de la personne humaine dans toute sa complexit\u00e9, qui impliquent de pr\u00eater attention \u00e0 notre propre tradition, mais aussi \u00e0 un vaste ensemble d&#8217;id\u00e9es provenant d&#8217;autres sciences, ainsi qu&#8217;\u00e0 l&#8217;exp\u00e9rience humaine, et, d&#8217;autre part, les discussions th\u00e9ologiques typiques sur la contraception, l&#8217;homosexualit\u00e9 et d&#8217;autres questions similaires, dans lesquelles les m\u00eames points sont soulev\u00e9s et discut\u00e9s \u00e0 maintes reprises.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe bien s\u00fbr une explication simple \u00e0 cet \u00e9cart, qui renvoie \u00e0 une autre observation, \u00e0 savoir que les approches personnalistes ont eu, disons, une influence tr\u00e8s limit\u00e9e sur la doctrine officielle dans le domaine de l&#8217;\u00e9thique sexuelle. Par cons\u00e9quent, \u00e0 moins que les \u00e9thiciens ne cessent de s&#8217;engager dans l&#8217;enseignement magist\u00e9riel, ils n&#8217;ont d&#8217;autre choix que de rester sur le sujet, et le sujet, ou plut\u00f4t la mani\u00e8re dont il est discut\u00e9, n&#8217;a pas beaucoup chang\u00e9 au cours des soixante derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Une issue possible \u00e0 cette impasse consiste \u00e0 remettre en avant ce que j&#8217;appelle les \u00ab doutes m\u00e9thodologiques r\u00e9siduels \u00bb. Par ce terme, je fais r\u00e9f\u00e9rence aux aspects des approches personnalistes en mati\u00e8re d&#8217;\u00e9thique sexuelle dont on suppose souvent, mais sans jamais vraiment le d\u00e9montrer, qu&#8217;ils ne sont pas \u00e0 la hauteur pour constituer l&#8217;\u00e9pine dorsale de l&#8217;enseignement officiel dans ce domaine. Par cons\u00e9quent, ces approches sont souvent qualifi\u00e9es de trop subjectives, trop relativistes et trop contextuelles pour r\u00e9pondre aux besoins de l&#8217;\u00c9glise universelle, habitu\u00e9e \u00e0 enseigner des normes absolues sur des questions tr\u00e8s sp\u00e9cifiques en mati\u00e8re d&#8217;\u00e9thique sexuelle. Plus concr\u00e8tement, les doutes m\u00e9thodologiques r\u00e9siduels concerneraient des questions telles que l&#8217;objectivit\u00e9 des jugements moraux, la normativit\u00e9 des approches personnalistes ou la continuit\u00e9 au sein de la tradition catholique, o\u00f9 l&#8217;on suppose que la th\u00e9ologie morale pr\u00e9conciliaire offre un moyen sup\u00e9rieur et beaucoup plus \u00e9tabli de remplir ces crit\u00e8res d&#8217;\u00ab enseignement sain \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 mon avis, les approches personnalistes ne devraient pas \u00e9luder cette discussion, m\u00eame si l&#8217;on part du principe que ce sont ces points qui r\u00e9v\u00e8lent leur insuffisance. Si tel est le cas, cela inciterait les \u00e9thiciens \u00e0 continuer d&#8217;affiner leurs approches personnalistes, mais surtout, une telle discussion offrirait l&#8217;occasion de d\u00e9montrer que les choses ne sont peut-\u00eatre pas exactement ce qu&#8217;elles semblent \u00eatre \u00e0 premi\u00e8re vue. En d&#8217;autres termes, une analyse plus approfondie de ce qui pourrait sembler \u00eatre une faiblesse particuli\u00e8re des approches personnalistes \u00e0 un niveau superficiel pourrait en r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9v\u00e9ler une insuffisance dans la mani\u00e8re dont la question est formul\u00e9e et dans la signification de ses termes centraux.<\/p>\n\n\n\n<p>Permettez-moi d&#8217;illustrer bri\u00e8vement cela \u00e0 l&#8217;aide de l&#8217;exemple de la notion de normativit\u00e9. Apr\u00e8s la promulgation d&#8217;<em>Amoris laetitia<\/em>, premier document magist\u00e9riel r\u00e9cent qui signalait une ouverture de l&#8217;enseignement officiel vers les approches personnalistes en mati\u00e8re d&#8217;\u00e9thique sexuelle, une r\u00e9action imm\u00e9diate s&#8217;est produite sous la forme de <em>Dubia<\/em> des cardinaux, qui semblaient avoir une fois de plus stopp\u00e9 le processus. L&#8217;une des principales questions soulev\u00e9es par les <em>Dubia<\/em> concerne la normativit\u00e9 de l&#8217;enseignement de <em>Veritatis splendor<\/em> par rapport \u00e0 <em>Amoris laetitia<\/em>, car les approches personnalistes pourraient soit contredire les normes pr\u00e9c\u00e9demment proclam\u00e9es, soit pr\u00e9senter des difficult\u00e9s pour traduire leurs r\u00e9sultats en normes claires et concises.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela indique une compr\u00e9hension tr\u00e8s sp\u00e9cifique de la normativit\u00e9, ax\u00e9e sur le maintien de normes concr\u00e8tes, mais qui ne soul\u00e8ve pas la question des crit\u00e8res de normativit\u00e9. De plus, cette compr\u00e9hension de la normativit\u00e9 se contente d&#8217;\u00eatre autor\u00e9f\u00e9rentielle et d\u00e9tach\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9 au point qu&#8217;il importe peu qu&#8217;elle s&#8217;adresse r\u00e9ellement \u00e0 quelqu&#8217;un, puisqu&#8217;elle traite tout ce qui n&#8217;est pas abord\u00e9 en son sein comme accidentel et sans importance. De plus, une telle conception de la normativit\u00e9 ne peut pas non plus rendre compte de la tradition m\u00eame \u00e0 laquelle elle fait appel, car elle ne s&#8217;interroge pas sur la mani\u00e8re dont elle est n\u00e9e, sur les raisons pour lesquelles seuls certains aspects sp\u00e9cifiques de la tradition m\u00e9ritent une consid\u00e9ration normative, et dans quel sens. Poser ces questions fondamentales ne peut que nous \u00e9loigner d&#8217;une conception aussi \u00e9troite de la normativit\u00e9, ignorant largement les processus qui la sous-tendent et qui int\u00e8grent bien plus que les jugements d&#8217;une autorit\u00e9 ou des normes concr\u00e8tes. D\u00e9placer la discussion vers cet aspect de la normativit\u00e9 en tant que r\u00e9sultat d&#8217;un argument th\u00e9ologique rationnel continu s&#8217;aligne donc mieux avec les approches personnalistes, car il relie la normativit\u00e9 principalement \u00e0 ce que les personnes dans la communaut\u00e9 aspirent \u00e0 \u00eatre, par opposition \u00e0 une focalisation \u00e9troite sur la simple r\u00e9gulation de leur comportement. En outre, une telle approche de la normativit\u00e9 peut rendre compte \u00e0 la fois de la particularit\u00e9 dans laquelle toute question \u00e9thique est soulev\u00e9e et de l&#8217;universalit\u00e9 \u00e0 laquelle toute r\u00e9ponse normative \u00e0 ces questions aspire toujours sans jamais la r\u00e9aliser pleinement.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me question m\u00e9thodologique qui n\u00e9cessite une \u00e9tude et un engagement urgents a \u00e9t\u00e9 mise en \u00e9vidence pendant le pontificat du pape Fran\u00e7ois. Comme nous le savons tous, le pape Fran\u00e7ois a consacr\u00e9 d&#8217;\u00e9normes efforts \u00e0 rendre l&#8217;\u00c9glise moins rigide et plus ouverte aux personnes se trouvant dans toutes sortes de situations de vie qui sont en contradiction avec la doctrine officielle du magist\u00e8re. Si beaucoup ont applaudi \u00e0 juste titre ses efforts pastoraux \u00e0 cet \u00e9gard, ce qui a souvent \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9 ou ignor\u00e9 dans ces \u00e9loges, c&#8217;est l&#8217;ombre longue que cette strat\u00e9gie jette sur l&#8217;enseignement doctrinal dans le domaine de l&#8217;\u00e9thique sexuelle. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il semble que plus le pape Fran\u00e7ois mettait l&#8217;accent sur les solutions pastorales dans des situations o\u00f9 l&#8217;enseignement doctrinal ne pouvait offrir que condamnation et jugement s\u00e9v\u00e8re, plus il donnait l&#8217;impression, sans doute involontairement, que l&#8217;enseignement doctrinal \u00e9tait un obstacle qu&#8217;il fallait habilement contourner si les pasteurs voulaient aider les personnes dans des situations concr\u00e8tes.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l&#8217;on mettait de c\u00f4t\u00e9 pour l&#8217;instant la question des raisons peut-\u00eatre tr\u00e8s justifiables pour lesquelles le pape Fran\u00e7ois a opt\u00e9 pour une telle strat\u00e9gie \u2013 comme la possibilit\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9elle que c&#8217;\u00e9tait la seule fa\u00e7on dont il pouvait proc\u00e9der dans un domaine aussi sensible que l&#8217;\u00e9thique sexuelle \u2013, on se rendrait n\u00e9cessairement compte qu&#8217;une telle strat\u00e9gie n&#8217;a de sens qu&#8217;\u00e0 court terme. Au-del\u00e0 de ce point, continuer \u00e0 utiliser cette strat\u00e9gie rendrait vraiment vide de sens l&#8217;insistance du pape Fran\u00e7ois sur le fait que rien n&#8217;a chang\u00e9 dans la doctrine, dans la mesure o\u00f9 cela donne et maintient l&#8217;impression que la doctrine morale n&#8217;a de toute fa\u00e7on aucune importance.<\/p>\n\n\n\n<p>Une mani\u00e8re plus productive d&#8217;aborder cette question serait donc de soulever la question de la relation entre la doctrine morale et la pratique pastorale. En supposant qu&#8217;une approche \u00e0 sens unique, dans laquelle la doctrine morale dicte largement ce que sera la pratique pastorale, appartient d\u00e9sormais au pass\u00e9, il semble n&#8217;y avoir qu&#8217;un seul moyen d&#8217;emp\u00eacher les deux de s&#8217;\u00e9loigner encore davantage l&#8217;une de l&#8217;autre. Cette approche devrait postuler une relation beaucoup plus dynamique entre la doctrine morale et la pratique pastorale, dans laquelle la doctrine morale devrait guider la pratique pastorale, tout en restant attentive aux impulsions provenant de cette m\u00eame pratique pastorale et indiquant \u00e9ventuellement les domaines probl\u00e9matiques de la doctrine morale. Pour conceptualiser plus en d\u00e9tail cette relation dynamique entre la doctrine morale et la pratique pastorale, on pourrait utiliser et d\u00e9velopper la m\u00e9taphore de \u00ab l&#8217;h\u00f4pital de campagne \u00bb ch\u00e8re au pape Fran\u00e7ois. Comme nous le savons, le pape Fran\u00e7ois a souvent utilis\u00e9 cette m\u00e9taphore pour encourager l&#8217;\u00c9glise \u00e0 tendre la main et \u00e0 offrir son aide partout o\u00f9 cela est n\u00e9cessaire, et pas seulement l\u00e0 o\u00f9 cela est pratique ou o\u00f9 les conditions sont id\u00e9ales, comme dans un v\u00e9ritable h\u00f4pital. Cependant, cette m\u00e9taphore pourrait \u00e9galement \u00eatre utilis\u00e9e pour indiquer qu&#8217;un h\u00f4pital de campagne n&#8217;est pas seulement un lieu o\u00f9 les m\u00e9decins offrent des soins d&#8217;urgence \u00e0 ceux qui en ont besoin, mais aussi un lieu o\u00f9 ces m\u00eames m\u00e9decins apprennent beaucoup et acqui\u00e8rent de nouvelles connaissances sur leur propre discipline m\u00e9dicale. La pratique pastorale et le discernement qui s&#8217;y exerce devraient donc avoir une double fonction similaire dans l&#8217;\u00c9glise, \u00e0 savoir \u00eatre attentifs aux besoins de ceux qu&#8217;elle sert, mais aussi recueillir des id\u00e9es dont l&#8217;\u00c9glise tout enti\u00e8re pourrait tirer profit, en particulier lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de d\u00e9velopper et de formuler sa doctrine. Un examen attentif de la tradition de l&#8217;\u00c9glise r\u00e9v\u00e9lerait, je crois, qu&#8217;une telle relation dynamique entre la doctrine officielle et la pratique pastorale, m\u00e9diatis\u00e9e par la r\u00e9flexion th\u00e9ologique, a toujours exist\u00e9 dans l&#8217;\u00c9glise et qu&#8217;elle a en partie contribu\u00e9 \u00e0 emp\u00eacher son enseignement de se transformer en un ensemble d\u00e9suet d&#8217;id\u00e9es morales d\u00e9pass\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><em>D\u00e9fis li\u00e9s aux questions appliqu\u00e9es en mati\u00e8re d&#8217;\u00e9thique sexuelle<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous d\u00e9tournons notre regard de ces questions anthropologiques et m\u00e9thodologiques li\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9thique sexuelle et de questions similaires pour nous tourner vers des questions concr\u00e8tes d&#8217;\u00e9thique sexuelle appliqu\u00e9e, on peut affirmer qu&#8217;une \u00c9glise plus ouverte \u00e0 r\u00e9pondre positivement aux d\u00e9fis que j&#8217;ai esquiss\u00e9s jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent serait \u00e9galement mieux plac\u00e9e pour aborder de mani\u00e8re productive les nouvelles questions d&#8217;\u00e9thique sexuelle appliqu\u00e9e. Cela est d\u00e9j\u00e0 \u00e9vident, m\u00eame si l&#8217;on reste dans les limites de ce que j&#8217;ai appel\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment les anciennes questions d&#8217;\u00e9thique sexuelle appliqu\u00e9e, que les \u00e9thiciens sont amen\u00e9s \u00e0 discuter encore et encore. Qu&#8217;il s&#8217;agisse du mariage, de la cohabitation, de la contraception, de la sexualit\u00e9 entre personnes du m\u00eame sexe ou de tout autre d\u00e9fi figurant sur cette vieille liste de questions appliqu\u00e9es, une plus grande ouverture de la doctrine morale officielle \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du tournant personnaliste dans l&#8217;\u00e9thique th\u00e9ologique, combin\u00e9e \u00e0 une appr\u00e9ciation de la relation dynamique entre la doctrine morale et la pratique pastorale, ouvrirait de nouvelles voies de recherche. En d&#8217;autres termes, ce changement dans la question fondamentale pos\u00e9e dans le domaine de l&#8217;\u00e9thique sexuelle, qui passe de ce qui est conforme \u00e0 la loi naturelle, tel que le pr\u00e9voient la plupart des documents magist\u00e9riels sur la sexualit\u00e9, \u00e0 ce qui est bon pour la personne humaine ou ce qui correspond \u00e0 la personne humaine consid\u00e9r\u00e9e de mani\u00e8re ad\u00e9quate et int\u00e9grale, conduit n\u00e9cessairement \u00e0 une enqu\u00eate inductive plus approfondie et \u00e0 une \u00e9valuation de la r\u00e9alit\u00e9 complexe de la personne humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne la sexualit\u00e9 entre personnes du m\u00eame sexe, par exemple, cette approche attirerait l&#8217;attention sur une avanc\u00e9e, certes positive mais tout \u00e0 fait insuffisante, dans la bonne direction que l&#8217;\u00c9glise a faite dans la d\u00e9claration <em>Fiducia supplicans<\/em>. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, m\u00eame s&#8217;il ne faut pas minimiser ce qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 accompli par cette d\u00e9claration, il est difficile de ne pas avoir l&#8217;impression que ce que le document consid\u00e8re comme un objet l\u00e9gitime d&#8217;au moins une b\u00e9n\u00e9diction spontan\u00e9e est encore per\u00e7u de mani\u00e8re d\u00e9form\u00e9e, c&#8217;est-\u00e0-dire d&#8217;une mani\u00e8re qui est loin d&#8217;une appr\u00e9ciation ad\u00e9quate et int\u00e9grale de la personne humaine. Cela est tout \u00e0 fait \u00e9vident dans la mesure o\u00f9 la d\u00e9claration reconna\u00eet des \u00e9l\u00e9ments positifs dans les relations homosexuelles et autres relations \u00ab irr\u00e9guli\u00e8res \u00bb \u2013 on peut penser ici \u00e0 l&#8217;amour entre deux personnes, au soutien mutuel et \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9, \u00e0 la vie qu&#8217;elles ont construite ensemble, au service qu&#8217;elles rendent \u00e0 la communaut\u00e9, etc. \u2013 et pourtant, ces relations restent \u00ab irr\u00e9guli\u00e8res \u00bb. Si l&#8217;on se demande alors ce qui rend ces relations, qui sont certainement exemplaires dans certains cas, irr\u00e9guli\u00e8res, on se rendra vite compte que le principal \u00ab probl\u00e8me \u00bb de ces relations est qu&#8217;elles sont \u00e9galement des relations sexuelles et que cet \u00e9l\u00e9ment semble \u00e9clipser tout le reste et justifie leur qualification d&#8217;irr\u00e9guli\u00e8res. En d&#8217;autres termes, il semble que m\u00eame ici, dans l&#8217;un des documents magist\u00e9riels les plus ouverts dans le domaine de l&#8217;\u00e9thique sexuelle, nous continuons \u00e0 discuter de quelque chose qui n&#8217;est pas tout \u00e0 fait une personne humaine, consid\u00e9r\u00e9e de mani\u00e8re ad\u00e9quate et int\u00e9grale, et que dans cette \u00ab construction \u00bb qui est discut\u00e9e et \u00e9valu\u00e9e, c&#8217;est l&#8217;aspect sexuel de ces relations, compris de mani\u00e8re \u00e9troite, qui ressort comme le plus important. Des lacunes similaires dans ce qui est r\u00e9ellement discut\u00e9 et \u00e9valu\u00e9 pourraient \u00eatre mises en \u00e9vidence en relation avec de nombreuses autres questions d&#8217;\u00e9thique sexuelle, anciennes et (relativement) nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Conclusion<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Alors que j&#8217;arrive \u00e0 ma conclusion, je voudrais poser une question provocante : est-il vraiment judicieux que l&#8217;\u00c9glise catholique engage un dialogue \u0153cum\u00e9nique avec d&#8217;autres \u00c9glises sur les questions de sexualit\u00e9, \u00e9tant donn\u00e9 son incapacit\u00e9 apparente \u00e0 traiter ces questions de mani\u00e8re ad\u00e9quate, m\u00eame au sein de sa propre communaut\u00e9 ? La liste des questions provocantes pourrait \u00eatre encore allong\u00e9e en attirant l&#8217;attention sur la profonde polarisation qui existe au sein de l&#8217;\u00c9glise catholique sur les questions de sexualit\u00e9 et en demandant comment un dialogue \u0153cum\u00e9nique, quel qu&#8217;il soit, pourrait \u00eatre repr\u00e9sentatif de l&#8217;\u00e9ventail des positions qui existent au sein de l&#8217;\u00c9glise catholique. Si cela n&#8217;est pas possible, il est alors l\u00e9gitime de se demander qui dialogue, au nom de qui, et ce qu&#8217;un tel dialogue pourrait \u00e9ventuellement apporter.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si ces questions ne doivent \u00eatre ni \u00e9cart\u00e9es trop l\u00e9g\u00e8rement, ni recevoir une r\u00e9ponse faite de platitudes, je ne suis pas non plus convaincu qu&#8217;elles doivent nous conduire au d\u00e9sespoir sur la question du dialogue \u0153cum\u00e9nique. Mon optimisme prudent et mon espoir quant aux fruits attendus d&#8217;un tel dialogue d\u00e9coulent \u00e0 la fois de l&#8217;\u00e9tude des documents de l&#8217;ARCIC publi\u00e9s jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent et des nombreuses conversations que j&#8217;ai eues avec des \u00e9thiciens appartenant \u00e0 d&#8217;autres traditions chr\u00e9tiennes, en particulier ceux des communaut\u00e9s anglicane et protestante. Ce que l&#8217;on d\u00e9couvre rapidement dans ces documents ainsi que dans les conversations avec des coll\u00e8gues d&#8217;autres traditions chr\u00e9tiennes, c&#8217;est que, malgr\u00e9 des diff\u00e9rences en termes d&#8217;anthropologie, de m\u00e9thodologie et de terminologie \u2013 qui peuvent rendre les \u00e9changes significatifs extr\u00eamement compliqu\u00e9s \u2013, tout le monde est confront\u00e9 \u00e0 des questions similaires \u00e0 celles qui pr\u00e9occupent les \u00e9thiciens de l&#8217;\u00c9glise catholique. Il en r\u00e9sulte d\u00e9j\u00e0 une certaine solidarit\u00e9 et une r\u00e9flexion commune, c&#8217;est-\u00e0-dire une sorte de dialogue permanent dont la nature est \u0153cum\u00e9nique au sens propre du terme, dans la mesure o\u00f9 il incite les \u00c9glises \u00e0 rechercher ensemble de nouvelles perspectives, sinon des solutions, et, ce faisant, \u00e0 renforcer la conscience que c&#8217;est l\u00e0 l&#8217;un des aspects les plus importants de ce que signifie faire partie de la communaut\u00e9 \u0153cum\u00e9nique. En outre, compte tenu de la diversit\u00e9 des formes d&#8217;\u00c9glise rencontr\u00e9es dans le contexte \u0153cum\u00e9nique, chaque communaut\u00e9 a tout \u00e0 gagner \u00e0 poursuivre ce dialogue en partageant les fruits de la sagesse acquise gr\u00e2ce aux exp\u00e9riences d&#8217;autres communaut\u00e9s eccl\u00e9siales. Je suis donc convaincu que les fruits du dialogue \u0153cum\u00e9nique officiel entre les \u00c9glises catholique et anglicane men\u00e9 depuis des d\u00e9cennies par la Commission internationale anglicane-catholique romaine ne doivent pas \u00eatre identifi\u00e9s aux r\u00e9sultats de ce dialogue rapport\u00e9s dans les documents officiels de la Commission, m\u00eame si ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 remarquables. Au contraire, le fruit le plus significatif de ce dialogue officiel a \u00e9t\u00e9 sa contribution \u00e0 la cr\u00e9ation de conditions permettant aux \u00e9thiciens des deux traditions de communiquer plus facilement entre eux, afin qu&#8217;ils puissent, dans le renouveau de leurs disciplines respectives, tirer profit de ressources qui leur \u00e9taient largement inaccessibles en raison de l&#8217;absence de dialogue entre les deux traditions.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Odozor, 8-9.<\/p>\n\n\n\n<p>xxx   xxx   xxx<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ci-dessous, vous trouverez les textes qui ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s le 29 novembre 2025 \u00e0 Torhout. 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